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D'Algérie - Djezaïr
Mouvement de réconciliation

Proposer une devise

"Il faut mettre ses principes dans les grandes choses, aux petites la miséricorde suffit." Albert Camus// "La vérité jaillira de l'apparente injustice." Albert Camus - la peste// "J'appelle à des Andalousies toujours recommencées, dont nous portons en nous à la fois les décombres amoncelés et l'intarissable espérance." Jacques Berque// « Mais quand on parle au peuple dans sa langue, il ouvre grand les oreilles. On parle de l'arabe, on parle du français, mais on oublie l'essentiel, ce qu'on appelle le berbère. Terme faux, venimeux même qui vient du mot 'barbare'. Pourquoi ne pas appeler les choses par leur nom? ne pas parler du 'Tamazirt', la langue, et d''Amazir', ce mot qui représente à la fois le lopin de terre, le pays et l'homme libre ? » Kateb Yacine// "le français est notre butin de guerre" Kateb Yacine.// "Primum non nocere" (d'abord ne pas nuire) Serment d'Hippocrate// " Rerum cognoscere causas" (heureux celui qui peut pénétrer le fond des choses) Virgile.// "Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde" Albert Camus.

D'Algérie-Djezaïr

Le MOUVEMENT D’Algérie-Djezaïr vient d’être officialisé par plus d’une centaine de membres fondateurs résidant dans le monde entier, ce 22 juin 2008 à Saint Denis (Paris - France). Il est ouvert à toutes celles et ceux qui voudront le rejoindre, natifs d'Algérie, et leurs descendants.

ORGANISATION

Elle est démocratique, c'est-à-dire horizontale, sans centralisme, et sans direction. Les décisions essentielles doivent être conformes à l’esprit du Texte Fondateur. Elles sont prises après larges consultations, où tous les membres donnent leurs opinions. Les règles internes sont arrêtées par les "adhérents". Pas de cotisations. Les groupes et le Mouvement trouvent les moyens de faire aboutir leurs actions.

Camus : 1956, l'appel à la trêve civile. Par Gérard Lehmann

Au moment où le terrorisme est encore à la Une, il est utile de se souvenir...

ALBERT CAMUS ET LA GUERRE D´ALGÉRIE

L´APPEL POUR UNE TRÊVE CIVILE

     


Pour Nicole Guiraud.


Que vous la taisiez ou pas la vérité                                        
froissée non ne faites pas l´ange
s´installe indécente
au bout du silence

Anne-Lise Blanchard
Apatride vérité



La guerre dure depuis près d´un an et demi. Albert Camus quitte Paris pour Alger et, le 22 janvier 1956, lance un Appel pour une trêve civile en Algérie. On en retrouve le texte, avec d´autres articles rédigés pour L´Express, dans les Chroniques algériennes publiées en 1958. Cet Appel pour une trêve civile représente un moment fort de l´engagement d´Albert Camus dans cette guerre - on devrait dire dans ces guerres. (1)
Il s´agit donc d´un document qui s´inscrit dans le fil rouge d´une conviction et d´un engagement, et c´est à ce titre qu´il mérite une attention particulière.
Mais l´Appel est aussi un événement politique significatif qui met en avant plusieurs acteurs: le groupe des amis de Camus qui a orga- nisé la conférence, les musulmans qui en ont été partie prenante, les manifestants français qui exprimeront violement leur hostilité, et enfin l´arrière-plan politique aussi bien à Alger qu´à Paris.
De cet événement nous avons plusieurs témoignages, spontanés ou sollicités, de ceux qui ont participé à l´organisation et au déroulement de l´événement ou l´ont accompagné: Charles Poncelet, Emmanuel Roblès, André Rosfelder, Mohammed Lebjaoui, Amar Ouzegane. D´autres sources secondaires accordent à l´Appel une place significative, notamment les ouvrages de Lottman et de Todd. S´y ajoutent les notes et commentaires de Roger Quillot dans les Essais de La Pléiade. Même si ces témoignages ne concordent pas toujours et laissent certaines zones d´ombre, si certains d´entre eux se signalent par des outrances manifestes, ils nous permettent tout de même de dégager une image d´ensemble cohérente.
Je résumerai les points principaux du texte de l´Appel pour une trêve civile et évoquerai ensuite les relations du séjour de Camus à Alger en janvier 1956 faites par Poncet, Roblès, Lebjaoui, Ouzegane et Rosfelder.
Au-delà de sa dimension historique, l´Appel de Camus aborde un problème qui est plus que jamais actuel: celui du terrorisme, de sa justification ou de sa condamnation. N´oublions pas le contexte plus large dans lequel se situe le débat, pendant la guerre d´Algérie, un contexte qui, aujourd´hui encore, affecte l´écriture historienne et mémorielle de cette guerre et entretient les passions. La question de savoir si, aujourd´hui, en 2008, le temps de l´histoire est enfin venu (2), reste au centre d´une interrogation toujours actuelle.

LA TRÊVE CIVILE DANS LES CHRONIQUES ALGÉRIENNES

Il y a, de 1939 à 1958, dans les articles réunis sous le titre de Actuelles III, Chroniques algériennes, depuis Misère en Kabylie jusqu´à Algérie 1958 et à cette préface composée après le 13 mai 1958, une constance d´autant plus remarquable que ce que l´on appelait les événements d´Algérie a lourdement pesé sur l´évolution des esprits en Algérie et en métropole. L´une des préoccupations majeures d´Albert Camus fut de laisser une chance à l´avenir d´un destin commun, de ne pas séparer les communautés, et pour cela que soient préservés les civils innocents. Cette idée réapparaît constamment dans les Chroniques, dans plusieurs articles, mais aussi dans d´autres parties de son œuvre, comme un leitmotiv obsédant. Et la petite phrase qu´il prononça à Stockholm, sur le choix entre la justice et sa mère, qu´on lui a d´autant plus reprochée que, détachée de l´ensemble de la déclaration, il était aisé d´en malmener le vrai sens à des fins partisanes, répond également à cette préoccupation constante, celle des victimes innocentes. Il acceptait sans doute l´idée d´une violence nécessaire, inévitable, du divorce armé, mais pas à n´importe quel prix. Répression aveugle et terrorisme aveugle, semant indistinctement la terreur, la mort, la blessure et la mutilation, visant de préférence des civils innocents, lui semblaient également odieux et criminels. Il se démarque avec la même horreur de tous ceux qui, dans le contexte de la guerre froide et dans la promotion d´une idéologie tiers-mondiste, dans le sillage de Merleau-Ponty (Humanisme et terreur) et de Sartre (Préface aux Damnés de la terre de Fanon), de Fanon lui-même, d´extrémistes comme Mandouze, partisan du FLN, justifient ou excusent que soient blessés, mutilés, tués, des civils innocents pour la seule raison qu´ils appartiennent à un peuple, à une communauté, à une histoire.
D´entrée, et pour éviter tout malentendu, à un moment où la gauche intellectuelle réclame en métropole des négociations, Albert Camus parle d´un appel de simple humanité qui s´adresse aux deux camps pour leur demander d´accepter une trêve qui concernerait uniquement les civils innocents et qui se situe en dehors de toute politique. Quant à ceux qui soutiennent cet appel, précise-t-il, ils n´agissent pas non plus à titre politique. Tout au plus y aura-t-il des membres des grandes familles religieuses qui ont bien voulu appuyer, selon leur plus haute vocation, un devoir d´humanité.
La première raison de cet appel est évidente: que la population civile soit, en toute occasion, respectée et protégée. La seconde est de préserver le destin commun de deux populations et d´assurer leur simple survie. Certes, il n´est pas question, dans l´esprit de Camus, de l´arrêt des hostilités, mais d´éviter l´irréparable, de renoncer à ce qui rend la lutte inexpiable: le meurtre des innocents. Il englobe dans le même refus les voies sanglantes du terrorisme et de la répression.
L´écrivain précise que toute tentative de dialogue se heurte à deux obstacles: l´absence de structure politique algérienne et de doctrine politique française. Le premier obstacle peut être selon lui surmonté par des élections: mais il s´agit alors d´accorder une voix à la personnalité algérienne, non à la personnalité égyptienne, non à la réalisation, aux dépens de la France, et pour sa ruine définitive, d´ambitions étrangères.
Le texte est partagé entre d´une part l´angoisse de voir l´Algérie, pour le malheur de deux peuples, se briser en deux et partir à la dérive, devenir la terre du malheur et de la haine, et d´autre part le refus de la fatalité, l´expression d´un espoir de réconciliation, de fraternité pour des hommes qui refusent à la fois d´exercer et de subir la terreur. Au lendemain du 13 mai 1958, au moment de faire imprimer les Chroniques algériennes, dans les quelques phrases qui les précèdent, il se révélait également partagé par de grandes espérances en même temps que des craintes.
Solidaire de cette terre - j´ai aimé avec passion cette terre où je suis né, j´y ai puisé tout ce que je suis et je n´ai jamais séparé dans mon amitié aucun des hommes qui y vivent de quelque race qu´il soient - l´Algérois Albert Camus, dans cette foule dense qui se pressait pour l´écouter ce dimanche 22 mars, ne se doutait pas à quel point il était seul.

ALGER JANVIER 1956

Charles Poncet nous donne plusieurs indications sur le contexte social et politique qui dessine le décor de la réunion ainsi que sur les motivations de Camus. Nous sommes au mois de décembre 1956, en pleine campagne électorale en France. Camus est persuadé que Mendès-France revenu au pouvoir pourra inaugurer des solutions qui nous conviennent et qui respecteront également les droits des Français et les droits des Arabes. Le souvenir des massacres d´El Halia, qui fit des dizaines de victimes innocentes, des enfants pour un bon tiers et même des musulmans, reste frais dans les mémoires:
Les ignobles massacres d´El Halia, le 20 août - c´était hier - avaient fait trente-cinq morts, dont dix enfants, et quatorze blessés, dont huit enfants, tous civils, sans compter les mutilations préalables. Cela ne pouvait que creuser irrémédiablement, c´était l´objectif des chefs du FLN qui les avait ordonnés, le fossé qui séparait les communautés. (3)
C´est dans cette esprit qu´il faut situer le projet d´un groupe d´amis de Camus: l´écrivain Emmanuel Roblès, l´urbaniste et peintre Jean de Maisonseul, les architectes Louis Miquel et Roland Simounet auxquels se joignent des musulmans: Omar Ouzegane (dont Charles Poncet dit: qu´il soit exclu du PCA était une condition nécessaire mais suffisante pour l´accepter à nos côtés), Mohamed Lebjaoui, Boualem Moussaoui, Mouloud Amrane. La réunion, reportée d´un jour est déplacée au Cercle du Progrès, dans les locaux de l´Association des Oulémas, en bordure de la Casbah et avec un service d´ordre musulman. Le maire d´Alger, ne voulant pas se compromettre, en tout cas publiquement, avait refusé d´abriter la réunion dans la salle des fêtes de la mairie d´Alger:
Mais avec une salle arabe, en bordure d´un quartier arabe, et un service d´ordre arabe, c´était nous retrouver frappés, aux yeux des Européens, d´un triple opprobre, note Charles Poncet (4) Il est vrai que l´on pouvait s´attendre, de la part de la communauté pied-noire, à de fortes réactions. Les billets d´entrée contrefaits, il avait fallu en hâte en fabriquer d´autres pour éviter des intrusions hostiles lors de la réunion.
Arrivé le 18 janvier, Camus assiste à deux réunions préparatoires, y expose son programme, et se heurte à des réactions hostiles: La trêve civile on s´en fout. Indépendance immédiate, absolue, sans conditions. Réaction de Camus: C´est foutu. Ils ne veulent pas qu´on se déculotte, non? (5)
La réunion se tient sous la présidence de Roblès, tandis qu´à l´extérieur plusieurs centaines de jeunes pieds-noirs manifestent bruyamment et jettent des pierres contre les vitres. Ils ignorent de quoi Camus parle, ce que regretteront André Rosfelder et Édmond Brua. Car le texte proposé était le suivant était:
Nous demandons qu´en dehors de toute position politique, et sans que cela entraîne une interprétation de la situation actuelle dans un sens ou dans l´autre, un engagement général soit pris pour assurer la protection des civils innocents. (6)
Camus se sent joué: venu en médiateur, il se découvrait apprenti-sorcier apportant involontairement sa caution à l´un des camps. Bref, selon Roblès, Camus était fort mécontent. (7) Le projet de trêve avait fait long feu. Mais que valait-il au départ?  Charles Poncet aura un échange de lettres avec Ouzegane en 1976. Il en ressort ce dont on pouvait se douter:
De ce débat amical mais sans ménagement, j´ai pu conclure que si nous n´avons pas été manipulés par le FLN – puisque nous n´avons jamais été au-delà de ce que nous voulions – le FLN nous a utilisés car notre action s´accordait à ses objectifs. (8)
Tel est le sentiment que l´on retire aussi de la lecture de l´ouvrage d´Ouzegane, Le meilleur combat: l´événement valait pour les possibilités d´instrumenta-lisation qu´il offrait, et rien d´autre.
Le dernier article de Camus dans L´Express devait être sur Mozart, et Charles Poncet ne voudra plus être qu´un spectateur engagé.
Nous savons que l´Appel pour une trêve civile a provoqué la fureur des pieds-noirs d´Alger. Ils ne savent rien du sens de la démarche de Camus, mais l´appel est lancé dans un contexte où les attentats meurtriers se déchaînent (120 pour le seul mois de décembre 1956). Les Français d´Algérie n´ont pas confiance dans la volonté du gouvernement, malgré les assurances affichées, et savent que l´indépendance FLN signifie la valise ou le cercueil. Ils avaient réservé au nouveau Gouverneur d´Algérie, Jacques Soustelle, réputé libéral, un accueil plutôt froid un an auparavant. Un an plus tard, une foule immense l´accompagnait sur les quais du port lors de son départ et l´ovationnait. Ce sont les mêmes qui, recevant Guy Mollet d´une manière assez inamicale (on s´en souvient comme de la journée des tomates), le 6 février 1957, le convainquirent rapidement de remplacer Catroux par le socialiste Robert Lacoste au poste de ministre-résident.
Si donc nous connaissons les sentiments des Français d´Algérie, qu´en est-il du FLN? Le fait que quatre responsables du Front aient fait partie du comité, en aient assuré le déroulement, nous autorise à poser la question, d´autant que cet Appel ne correspond pas à la stratégie du Front et la contredit même.
Quoi de plus naturel, donc, que de s´adresser à Mohammed Lebjaoui, l´un des membres du comité, qui devait plus tard assurer en métropole les fonctions de coordinateur de la Fédération de France du FLN, et qui nous a laissé un ouvrage, Vérités sur la révolution algérienne, où il évoque précisément cet appel dans Camus à Alger (chapitre III)? Pour lui, l´initiative de Camus, validée par la direction nationale, répondait à deux préoccupations voisines du FLN:
- D´une part, provoquer le premier ébranlement sérieux de la communauté européenne tout en manifestant, à qui savait voir, la force grandissante du FLN,
- D´autre part d´étendre l´influence du Front à certains milieux européens libéraux afin d´isoler davantage la grosse colonisation et de mieux faire comprendre notre lutte. (9) Un peu plus loin, Lebjaoui note:
En acceptant d´appuyer le mouvement, cette direction visait à favoriser un rassemblement des Européens libéraux, dans l´espoir de les gagner progressivement à l´idée d´une négociation avec le Front. Il s´agissait ensuite de populariser ce mot de négociation au sein de la communauté toute entière, afin qu´elle en arrive à considérer le FLN comme le représentant authentique du peuple algérien.
Nous voulions assurer le prolongement, en France même, de ce mouvement grâce à la voix d´Albert Camus. (10)
Du reste, note Lebjaoui, Camus, en fait, jugeait l´indépendance de l´Algérie logique et inévitable, sans doute à terme, au cours d´une longue évolution, solution qui, à ses yeux, est encore en-deçà du programme du FLN, mais il ne pouvait être question, au moins au cours de ce premier contact, de lui répondre par le programme du FLN. (11).
Le moment, en tout cas, est bien choisi Le Front républicain, aux élections législatives, venait de l´emporter. Le mot de paix en Algérie avait été son principal slogan. Le nouveau gouvernement, disait-on, songeait à négocier (12) il est donc naturel de voir en Camus un médiateur et un catalysateur. Lebjaoui prétend avoir révélé in fine, à Camus, son appartenance au FLN:
Il me regarde, suffoqué. Mais tout aussitôt la joie l´emporte. (13)
Mais, pour autant, Lebjaoui se défend par avance de toute accusation d´instrumentalisation, de manipulation, de duplicité:
Le FLN entendait d´abord assurer l´intégrité physique du peuple algérien: or les victimes quotidiennes étaient avant tout algériennes, beaucoup plus que françaises. En le proclamant bien haut, nous désarmions la propagande colonialiste, nous satisfaisons [sic] certains milieux français de gauche, hostiles aux ultras mais réticents à notre égard (14)
Voilà donc, dans leur essence, la teneur des propos de Lebjaoui, que nous résumons ici. Si l´on passe maintenant à une analyse critique de ces propos, il faut le faire sur deux plans: celui d´un épisode qui éclaire la stratégie du Front, mais aussi celui d´une publication destinée à un public français.
Précisons tout d´abord: Boualam Messaoui, Amar Ouzegane, Mouloud Amrane et Mohamed Lebjaoui lui-même, sont bien les représentants du FLN qui siègent au comité. Certes, des doutes ont pu naître peu à peu dans l´esprit des amis libéraux de Camus, quant à la qualité de l´engagement des musulmans présents et, au-delà, du degré d´encadrement de la réunion par le FLN, mais rien n´est officiel. (15)
L´idée de la trêve civile, c´est épargner le sang innocent, c´est l´arrêt des violences contre les civils innocents, terrorisme comme répression aveugle. Ce n´est pas l´armistice. La trêve civile n´est pas la trêve, la nu- ance est importante. C´est établir la base d´une réconciliation avant qu´il ne soit trop tard, condition nécessaire de tout dialogue futur. L´ordre du jour: la suppression du statut colonial, l´expropriation des gros colons (283 exploitations de plus de cent hectares, dont 76 possédés par des musulmans) opposés à toute évolution, une table ronde des divers courants algériens. (16)
Or le FLN veut être le partenaire exclusif de tous les Algériens et récuse toute table ronde où d´autres mouvements seraient représentés ; dans l´esprit du FLN et de Lebjaoui en particulier, il n´est pas question de décolonisation mais de pure indépendance hic et nunc, avec toutes ses conséquences.
La participation du FLN à l´Appel pour une trêve civile est un moyen d´enfoncer un coin chez les Français d´Algérie, de profiter d´une conjoncture favorable en métropole, d´un pouvoir politique faible et irrésolu, de cristalliser en métropole un fort courant de gauche favorable, d´arriver au stade de négociations sans réserves ni concession, avec le FLN comme unique partenaire, dans un seul but: la reconnaissance de l´indépendance et la passation des pouvoirs au FLN, étant entendu que le régime démocratique se réduira à la philosophie du parti unique. Il est assez d´ailleurs piquant de voir Lebjaoui, dans le même ouvrage, défendre cette philosophie, et regretter que les règles démocratiques n´aient pas joué à l´intérieur du système du parti unique, et qu´il ait échoué comme tel, non seulement en Algérie mais dans l´ensemble du tiers-monde. La démocratie, selon lui, est totalement étrangère à l´idée du pluralisme des partis. Ce qui donne une idée de la justice, de l´égalité et de la démocratie façon FLN et de manière générale des droits des Français d´Algérie ces derniers avaient eu la folle idée de rester en Algérie après l´indépendance.
S´il avait eu connaissance de la qualité des membres musulmans de son comité, connaissant leurs intentions véritables, jamais Camus n´aurait accepté de tenir la conférence. (17) Force est en tout cas de constater que la stratégie du FLN s´est révélée payante. Réduit à presque rien en 1960, aux trente mille hommes piétinant aux frontières du Maroc et de la Tunisie, alors que les musulmans engagés contre lui, et qui sont, eux, des volontaires, sont cinq fois plus nombreux, le FLN parviendra à ses fins, gagnera politiquement, sur la scène internationale et à Paris, grâce à l´allié de choix qu´il trouvera dans la place, une guerre qu´il avait perdue militairement.
Revenons à Lebjaoui. Je crois volontiers que le FLN a compris quel avantage il pouvait trouver à utiliser Camus pour diviser l´adversaire, mais rien ne permet de penser que Camus, comme le prétend Lebjaoui, ait cru l´indépendance de l´Algérie logique et inévitable. Bien au contraire. L´écrivain s´en est suffisamment expliqué dans les Chroniques et particu- lièrement dans ceux de 1958, pour que n´ayons pas besoin de revenir sur le sujet. Il est exact que Lebjaoui et ses collègues sont parvenus à abuser Camus et ses amis, même si c´est pour un temps limité, et qu´ils ont ainsi approfondi le fossé qui se creusait alors entre Camus et les Français d´Algérie.
Cependant, lorsqu´il affirme que le souci du FLN était aussi de protéger les victimes quotidiennes musulmanes, il développe un discours bien plus sinueux et qui demande quelques éclaircissements. Il nous faut maintenant quitter le domaine des images simples et rassurantes, contrastées, du civil et du militaire, du musulman et du Français, du colonisateur et du colonisé, du bon et du méchant, du bourreau et de la victime, du maître et de l´esclave, de la guerre traditionnelle, conventionnelle et de la guerre psychologique, subversive ou révolutionnaire.
S´il était de bonne guerre de manipuler des groupes, et en particulier pour vaincre en métropole des réticences, et en Algérie pour gagner à la cause de l´indépendance des libéraux, on peut dire que la manœuvre a réussi, en partie du moins. Mais contrairement à ce que Lebjaoui prétend, Camus, comment on peut s´en convaincre facilement à la lecture des Chroniques et dans plusieurs passages de ses Carnets, n´a jamais jugé l´indépendance de l´Algérie logique et inévitable. Il a toujours rejeté l´idée de l´indépen- dance. On le lui reproche, aujourd´hui encore assez, dans le milieu univer- sitaire en Algérie et dans une bonne partie de l´intelligentsia française. (18)
La notoriété de Camus, sa personnalité, son charisme, sa solitude même, cet alliage subtil et naturel de distance et de présence, son honnêteté intellectuelle, son sens du relatif, son indifférence aux manœuvres politiques en faisaient une prise de choix. Si les partisans de l´Algérie française ont abandonné l´idée de gagner son soutien, ceux de l´autre bord, FLN, gauche intellectuelle tendance Sartre, CGT, PSU et PC, libéraux extrêmes, chrétiens progressistes, estiment qu´il ne faudrait pas grand´chose, une pichenette, pour faire basculer dans leur camp l´ancien communiste, l´ancien journaliste d´Alger Républicain. Ils se trompent. Mais Camus aura été l´objet d´une tentative de récupération, comme dans l´affaire Ben Sadoc, et il en tirera les conséquences. Ni Jacques Soustelle et Robert Lacoste à Alger, ni Guy Mollet à Paris ne donneront une chance au projet de Camus. Ces derniers, mieux informés, avaient sans doute compris de quoi il s´agissait. Il en était de même pour le service de renseignements de la police qui a peut-être procédé à une manœuvre d´intoxication en accréditant l´idée d´un risque couru par Camus.
Mais il y a un autre volet dans cette affaire, et il va nous falloir revenir à Lebjaoui, à ses propos, quand il prétend que le soutien du FLN à l´Appel n´était pas seulement motivé par des considérations tactiques mais répondait également au souci humanitaire de protéger des victimes quotidiennes musulmanes. L´affirmation est moins innocente qu´elle ne pourrait paraître au premier abord et s´adresse bien évidemment au public français de l´après-guerre d´Algérie dans l´intention de donner du FLN une image humanitaire. (19) Je ferai à présent les observations suivantes: avec ce genre d´information, Lebeau oublie de préciser que le FLN s´est imposé aux musulmans, pour partie, par l´intimidation, la violence, la mutilation, l´assassinat et qu´il est responsable d´une grande partie des victimes musulmanes civiles, compte tenu des bavures ou des excès de la répression qui ont aussi atteint des innocents. L´historien Raymond Muelle
, dans 7 ans de guerre en France. Quand le FLN frappait en métropole, donne le chiffre de 3.957 Algériens tués, 7.745 blessés. En métropole seulement!
C´est le FLN qui a mis en branle, depuis le 1er novembre 1954, et symboliquement en assassinant un instituteur et le caïd qui essayait de le défendre, la dynamique l´engrenage répression/terrorisme. À partir du moment où l´apaisement vient, où règne une certaine paix, il faudra relancer le processus, comme en août 1955 dans la région de Philippeville ou avec le terrorisme urbain en 1956-1957 à Alger, réenclencher le cycle, ranimer la flamme de la peur et de la haine sans quoi le FLN n´est rien.
Voilà donc la raison pour laquelle le pire ennemi du FLN était tout ce qui pouvait freiner ce processus, stopper l´engrenage. Avec la lutte armée, l´objectif prioritaire de l´Armée française sera à la fois de soustraire les populations musulmanes à l´emprise du FLN et de s´attaquer au terrorisme qui nourrit la répression aveugle.
Mais supprimer les causes immédiates de la haine et de la peur dans les deux communautés ne suffit pas, car il manque encore, parallèlement au combat contre la rébellion, la réparation de l´injustice faite au peuple musulman, celle que Camus réclamait depuis si longtemps, les réformes sociales, politiques et économiques. Si cette réparation a tant tardé, et si elle intervient à un moment ou tout peut paraître, sinon perdu, du moins compromis, alors où placer la responsabilité sinon au sein du gouvernement français et du microcosme politique, parmi ceux qui avaient le pouvoir, qui ont toujours cédé aux pressions de ceux qui souhaitaient le statu quo? Nous avons retrouvé cette accusation sous la plume de Camus. Et ce qu´espérait Camus depuis si longtemps, voici qu´un gouvernement socialiste le programme, et qu´un gouverneur essaye de le réaliser. Une décolonisation réalisée dans un cadre français et qui ne s´appelle pas assimilation mais intégration. Voilà le vrai danger, pour le FLN.
En veut-on une preuve? Nous la trouverons dans un court texte, publié dans les textes complémentaires des Chroniques (20). Camus, en 1946, recueille à Tlemcen les confidences d´un militant d´un mouvement arabe (non précisé, mais Tlemcen me fait penser mouvement religieux, oulémas):
Nos pires ennemis, contrairement à ce que l´on peut croire, ne sont pas les Français colonialistes de la métropole. Ce sont, au contraire, les Français d´Algérie comme vous. Comme toi. Les colonialistes nous donnent une idée révoltante mais vraie de la France. Vous par contre vous nous donnez une idée trompeuse parce que conciliante. Vous nous affaiblissez dans notre volonté de lutter pour une totale indépendance.
Et Camus de penser aux trahisons successives de tous les partis de gauche sans exception à l´égard du mouvement démocratique arabe. (21)
Le FLN s´emploiera donc à combattre tout ce qui est facteur de pacification dans les esprits, tout ce qui est progrès dans la vie administrative, économique et politique du pays. Cela fera beaucoup de menaces et de mises à exécution, d´oreilles, de lèvres et de nez coupés, de gorges tranchées, de cadavres découpés, de contributions obligées, de recrutements forcés, d´écoles brûlées. Avec le risque de voir des villages se défendre, recevoir des armes de l´armée française, de voir des regroupements, des engagements dans l´armée française et dans les harkas. Nous sommes ici au cœur de cette guerre que l´on appela subversive ou révolutionnaire, ou encore psychologique.
Voilà donc pourquoi la trêve civile ne pouvait être, dans l´esprit de Lebjaoui et de ses camarades, qu´un gadget publicitaire, un miroir aux alouettes, qu´un attrape-nigaud. Une autre position aurait été suicidaire pour le Front. Il est bien évident que Camus pouvait être incertain sur l´avenir de sa proposition, mais sans savoir à quel point les dés avaient été pipés, mais sa position sur le terrorisme n´était pas négociable. Roger Quillot cite une note manuscrite qui annonce déjà sa déclaration de Stockholm:
Si un terroriste jette une grenade au marché de Belcourt que fréquente ma mère et s´il la tue, je serais responsable dans le cas où, pour défendre la justice, j´aurais également défendu le terrorisme. J´aime la justice mais j´aime aussi ma mère. (22) Répondant à un article de Jean Sénac dans dans la revue Exigences, il écrit:
J´ ai décidé de me taire en ce qui concerne l´Algérie, afin de n´ajouter, ni à son malheur, ni aux bêtises qu´on écrit à son propos. […] Ma position n´a pas varié sur ce point et si je peux comprendre et admirer le combattant d´une libération, je n´ai que dégoût devant le tueur de femmes et d´enfants... Je continue au contraire non pas à renier mais à condamner absolument, aujourd´hui comme hier, l´assassinat de civils innocents. […] J´ai dénoncé la répression collective avant même qu´elle prenne les formes hideuses qu´elle vient de revêtir […] Je continuerai pourtant cette action mais pas avec ceux qui se sont tus sur les crimes affreux et les mutilations maniaques du terrorisme qui tue civils, Arabes et femmes et ajoutent incalculable ment au malheur du peuple algérien. (23) Les pieds-noirs auraient-ils manifesté autant d´hostilité s´ils avaient entendu le vrai message de Camus? Camus a-t-il compris les raison de la colère des Algérois? Nous avons les opinions d´Édmond Brua et d´André Rosfelder.
Édmond Brua qui publie le texte de l´Appel écrit dans le Journal d´Alger du 23 janvier 1956:
En dehors de toute position politique, Albert Camus a lancé hier un pathétique appel pour la protection des civils innocents. […] On veut croire que si les manifestants qui, massés sur la place du Gouvernement, poussaient des cris hostiles pendant qu´Albert Camus parlait devant une salle archicomble, avaient pu entendre ses paroles, ils auraient eu honte de leurs cris et auraient, avec l´assistance, longuement acclamé le grand écrivain, leur concitoyen. (24)
La position d´Albert Camus est simple et dessine une ligne de fracture nette entre lui, ses amis et les autres, libéraux radicaux indépendantistes et collaborateurs, pour certains, du FLN, qui comme Mandouze qu´il refusera de rencontrer, comme Pierre Chaulet ou Fernande Raynaud, qui se seraient réjouis de le voir rejoindre leur camp, celui du FLN. Le mot de libéral, employé indistinctement à propos de Camus et de ses amis, et qui englobe l´éventail large qui va d´un Jean Daniel à un Daniel Timsit, mérite, on le voit, une définition plus que nuancée.
Dans un article de Libération, Camus exprimait qu´il avait pleinement conscience, rappelons-le, des trahisons successives de tous les partis de gauche sans exception à l´égard du mouvement démocratique arabe, (25) mais disait aussi sa crainte prophétique de voir les Français d´Algérie chassés de leur patrie, dépatriés et là il ne se faisait aucune illusion:
Nous ne sommes pas résignés non plus à croire, avec ceux qui définissent le paiement d´une injustice par une autre, que le déracinement d´un million et demi de Français installés depuis plusieurs générations et passionnément attachés à leur pays, puisse fournir une solution intelligente de notre problème. (26)
Emmanuel Roblès: une ébauche de roman, une soixantaine de pages pour onze chapitres, L´Agitateur, dont le chapitre 4, consacré à l´Appel pour une trêve civile, moins une fiction qu´un reportage et un témoignage; et puis une version théâtrale sur le même sujet que recélerait le fonds Roblès, suivant Guy Dugas (27); enfin le chapitre consacré à l´événement dans Les rives du fleuve bleu (28): voilà qui en dit assez sur l´importance qu´eut  l´Appel de Camus pour Emmanuel Roblès. Rien ne contredit dans sa relation les points évoqués par Poncet. Si différence il y a, elle réside dans l´engagement d´Emmanuel Roblès. Poncet devient un spectateur engagé, ce qui n´est pas le cas de Roblès, qui rejoindra la Fédération des libéraux et assurera avec son ami Grandjean la parution de L´espoir-Algérie. Roblès distingue bien parmi les Français d´Algérie les ultras, adeptes de la “main de fer”, face aux libéraux qui réclament utopi- quement un cessez-le-feu préliminaire à des pourparlers sur les conditions d´une coexistence dans la justice et la fin d´une violence grandissante. Il souligne bien d´une part que Camus est un homme de gauche soutenant le Front républicain, et porte à son crédit cette phrase de l´article de L´Express (30.12.1955): Je voterai pour le Front républicain et les candidats patronnés par Pierre Mendès-France. Mais d´autre part la position de Camus est claire, qui se démarque de celle, politique, des libéraux. Il y a donc bien, suivant Roblès, deux projets libéraux, dont l´un est politique et l´autre humanitaire. Emmanuel Roblès a bien soin de préciser que les amis de Camus (Charles Poncet, Louis Miquel, Jean Maisonseul) qui ont pris l´initiative de le contacter n´étaient pas à confondre avec ces libéraux qui œuvraient déjà dans une semi- clandestinité. Avec Camus, il n´est question que de civils innocents, pas de politique. Roblès cite Camus: Il s´agit de protéger des civils innocents […] Efforçons-nous d´obtenir que des deux côtés les combattants s´engagent à épargner les femmes, les enfants et les vieillards.
Or la frontière est fluide: la notion de libéral va évoluer et se radicaliser avec le temps. On peut déjà ranger Roblès parmi les libéraux, et Maisonseul le rejoindra. Roblès quittera Alger en 1958 (à la suite de la mort de son fils) et Maisonseul, qui aura quelques ennuis avec la Justice (29) et se verra emprisonné pendant quelques semaines, restera en Algérie après l´indépendance. Pour un temps du moins, le temps de perdre les illusions.
Roblès emmène Camus à une réunion de libéraux, présidée par son ami Granjean, réunion qui se révèle houleuse et arrache à Camus ces propos prémonitoires:
- D´ici peu tout ceci tournera à une effroyable guerre civile, à une véritable guerre ethnique. Les Européens eux-mêmes finiront par se massacrer entre eux.
Si Roblès, partisan comme ses amis libéraux d´une négociation avec le FLN, ou du moins placé sur la courbe d´une évolution qui va dans ce sens, se range à la gauche de Camus, André Rosfelder est lui, résolument dans le camp de l´Algérie française, partisan de la politique de Soustelle, jusqu´à la logique d´un engagement qui lui vaudra une condam- nation à mort par contumace de la Cour de Sûreté de l´État. Il sera lui aussi un témoin, lors de ces journées de janvier 1956, accompagnera Camus dont il sera le chauffeur - dans une modeste 2 CV Citroën. Il consacre à l´épisode de longues pages dans Le onzième commandement. J´en retien- drai certaines de ses réflexions, ainsi que des détails qui ne ressortent pas des récits de Poncet et Roblès ou qui s´en démarquent. (30)
Il y a certes le récit d´un homme qui a accompagné Camus pendant ces journées, un homme qui était à l´intérieur, dans la salle du Cercle du Progrès, alors que ses amis se trouvaient de l´autre côté, dans la rue, parmi les manifestants opposés à Camus, le 22 janvier. Situation singulière, ambiguë, privilégiée. À la fin d´une journée où Camus sent qu´il a été piégé, Rosfelder est sans doute plus proche de Camus, que les participants à la réunion. Et d´ailleurs, aucun de ceux qui ont pris la parole n´a explicitement soutenu la motion de Camus. Ferhat Abbas présent n´a pas pipé mot. L´assassinat de son neveu le convaincra facilement de rejoindre les rangs du FLN.
Camus se sent à juste titre solitaire parmi cette foule dont il se voulait solidaire.
Il y a des équivoques, et la première concerne la qualité des musulmans impliqués dans l´Appel. André Rosfelder, après avoir accompagné Camus à l´aéroport, se retrouve seul avec Roblès dans la voiture. Il observe que le choix forcé du lieu de réunion, la composition de l´assistance, le service d´ordre, tout avait paru arrangé pour ne servir qu´au FLN. […] Tu crois qu´ils étaient sincères? interroge Rosfelder. Roblès répond : il faut réconcilier, réconcilier. (31) Pour Rosfelder et contrairement à Roblès, la réconciliation ne pouvait pas se faire avec ces gens et dans ces conditions: Nous n´existions pour eux qu´en ennemis ou en serviteurs. Ennemi si l´on ne capitulait pas sans conditions, serviteurs si l´on soutenait, directement ou indirectement, leur cause.
Et puis, peu après l´Appel, il y avait eu le départ, au terme de son mandat, de Jacques Soustelle, qu´une foule de dizaines milliers de pieds-noirs avait accompagné au port le 2 février et ne voulait pas voir partir. Il y avait eu le 6 février, la journée des tomates qui avait persuadé Guy Mollet de remplacer Catroux par Lacoste au poste de ministre-résident en Algérie.
Le lendemain du 6 février, Rosfelder écrit à Camus pour lui expliquer le sens de ce 6 février, que ceux qui avaient bombardé Mollet de projectiles divers, dont des tomates, (d´où le nom de journée des tomates) n´avaient pas pour but de couper les Arabes des pieds-noirs, que c´étaient des anciens des campagnes de la Libération, des étudiants, souvent proches de Soustelle et non pas des nostalgiques de l´ordre colonial. Ce dont il est question, et que Rosfelder explique dans sa lettre à Camus, c´est que ces manifestants, comme Camus, partisans de poursuivre la lutte contre le FLN, soutenaient l´intégration avec des mesures claires:
Rejet des vieux élus européens du premier collège, reconnaissance de l´égalité des droits et des devoirs, acceptation du collège unique, intégration poussée des institutions algériennes dans les structures françaises, statuts particuliers pour les diverses communautés ethniques, refonte de la constitution avec renforcement de l´exécutif, plan de réformes économiques et sociales, industrialisation, représentation législative plus large des territoires de l´Union Française, construction eurafricaine. (32)
Ce sont les idées que l´on retrouve dans Aimée et souffrante Algérie de Soustelle.
Quelques jours après le massacre du col des Deux-Bassins, sur la route de Sakamody, où les passagers civils de deux voitures furent égorgés, et les femmes et une fillette de sept ans violées auparavant (deux des victimes étaient un architecte ami de Maisonseul, José Ritter, membre du comité de la trêve civile et son assistant musulman), Camus écrit à André Rosfelder une lettre reproduite entièrement dans Le onzième commandement (33).
Cette lettre est intéressante parce qu´elle est écrite au moment où Camus rompt avec L´Express et son équipe - Mauriac, Servan-Schreiber, Daniel. Mauriac, à tort aux yeux de Camus, adhère à l´association France-URSS, et Mollet a fait une double erreur: nommer Catroux et ajouter une démission à une faute. Camus condamne la faction dure et sa bêtise trentenaire à droite et de l´autre côté ces hommes “de gauche” qui applaudissaient, il y a quelques jours à la Mutualité, le drapeau fellagha. Voilà pour Sartre et autres Mandouze. Mais il écrit aussi qu´il comprend le désarroi des amis de Rosfelder: […] et vous pouvez leur dire que je ne leur en veux pas une seconde de leur manifestation à mon égard. […] Le programme de vos amis [celui auquel Rosfelder fait référence dans sa lettre à Camus, voir plus haut] est valable en gros. Il est, à l´heure actuelle, strictement inutile. À moins qu´il ne coagule, très rapidement, un fort mouvement et qu´il s´impose ainsi à la métropole elle-même. Et à la condition qu´il soit défini sur ses deux frontières, contre la faction aveugle et contre l´esprit de démission. La faction aveugle, ce sont ceux qui refusent l´intégration; et l´esprit de démission, ou encore l´esprit de Munich, comme il l´écrit dans ses Carnets (III) – ou bien était-ce Jean Grenier qui parlait de Munich? -  c´est l´abandon de l´Algérie au FLN.
Cette lettre est écrite le 27 février 1957. Il faudra attendre environ un an et trois mois, pour que se coagule et s´impose à la métropole un fort mouve- ment: ce sera le 13 mai 1958 et les jours suivants, avant que de Gaulle, suivant le mot de Rosfelder, retourne la situation en faveur des extré- mistes. Quant à la trêve civile, elle aura eu une vertu, pour un Rosfelder clairvoyant: celle d´offrir au FLN un accès vers certains libéraux euro- péens. (34)
Cette lettre d´Albert Camus à Anfré Rosfelder est essentielle, car elle permet de contredire formellement une thèse dont la simplicité égale la fausseté: celle que L´Appel à une trêve civile s´inscrit dans la perspective d´un Camus favorable à la négociation avec le FLN, le mot de négociation étant à prendre, et on le savait dès le départ, dans le sens d´une capitulation pure et simple. Par la même occasion on présente les pieds-noirs comme les colonisateurs que combattaient les colonisés.
On pourrait croire que le temps a fait justice de ce genre de simplification et d´instrumentalisation idéologique: il n´en est rien.
L´une des meilleures illustrations de cette orientation, et parmi les plus habiles, est fournie par l´ouvrage de Christine Chaulet-Achour: Albert Camus et l´Algérie. Fraternités et tensions. Tout d´abord, l´universitaire évacue ce qui gêne: Les Chroniques algériennes sont citées pour mémoire dans l´introduction constituée par des repères biographiques. Plus avant dans l´ouvrage ne seront cités que les articles de 1939 et l´Appel à une trêve civile. En outre, Christine Chaulet Achour gomme le contexte beaucoup plus dense de cette époque, où les sentiments sont exacerbés par les attentats terroristes, où Camus est aussi le journaliste d´une publication, L´Express, dont les choix idéologiques sont clairs, où nous avons ces élections faisant apparaître un Front républicain qui va faire craindre l´abandon, avec un Mendès-France qui, peut-être à tort, fait peur. C´est un climat dont il faut prendre la mesure pour apprécier la réaction violente des contre-manifestants et leur À mort Camus .
Camus n´était pas celui que les manifestants de cette journée croyaient, celui qu´on avait réussi à faire croire qu´il était. Alors qu´il appartenait à la probité intellectuelle de rappeler quelles étaient les positions exprimées par Camus en 1958, et qui s´inscrivaient dans le droit fil de ses convictions de toujours, Christine Chaulet-Achour préfère rapprocher implicitement et par juxtaposition les positions de Jean Pélégri et de Kateb Yacine de celle de Camus. Christine Chaulet-Achour cite Jean Pélégri, resté ce soir-là à l´extérieur, sur la place, et qui se souvient:
À cet instant, des jeunes gens, que j´avais connus au lycée, ont allumé un grand feu qui a teinté de rouge le poitrail de bronze de la statue équestre du duc d´Orléans. Et autour de ce feu, avec des visages de haine, ils ont crié longtemps, longtemps, À mort Camus! À mort Camus! De sorte que cette place, qui m´était familière et que je traversais chaque jour pour aller au lycée m´a paru brusquement sortir dans la nuit d´un roman de Dostoïevski. […] Et c´est ce soir-là, dans cette pénombre traversée de flammes, que je me suis senti le plus proche de Camus.
Comme s´il était le frère attendu. Le frère qui montre la voie. (35)
Et en note nous retrouvons Kateb Yacine:
Il n´a pas été vraiment un colonialiste: la preuve, c´est qu´il s´est fait conspuer par les ultras. (36) Christine Chaulet-Achour fait de l´amalgame.
Camus n´a jamais défendu l´idée de l´indépendance de l´Algérie, il n´a jamais fait les choix de Pélégri ou de Kateb, ou encore d´Amrouche, de Sénac ou de Jean Daniel.
Il est bien évident que ni les textes des Chroniques qui datent de 1958, ni les notes si instructives des cahiers (Carnets III), ni la lettre à André Rosfelder, ni l´analyse de l´événement que fait l´auteur du Onzième commandement, ni les réflexions de Poncet, ne trouvent place dans l´argumentation de l´intellectuelle qui, si elle n´a pas l´excuse de l´ignorance, est très occupée à défendre une mémoire et une croyance.
Elle oublie d´autre part tout ce qui était l´ambition du gouvernement de l´époque, c´est-à-dire de Soustelle, de Lacoste, de Mollet, de Mitterrand, de Mendès-France: la décolonisation par l´intégration, la justice sociale, l´égalité politique, le développement économique. C´était Camus, déjà, en 1939. C´est ce qu´Ouzegane appelle du colonialo-fascisme.
Les bombes du terrorisme FLN éclateront le dimanche 30 septembre 1956, en plein centre d´Alger, tuant, blessant, mutilant des victimes innocentes. Face au souhait de réconciliation, de réparation, de coexistence, exprimé par Albert Camus, face à la politique d´intégration engagée par un gouvernement socialiste, le FLN poursuivait dans un cadre urbain cette stratégie de la haine et du sang qui devait lui être si profitable.
Et Albert Camus pouvait à bon droit être déchiré.
S´il est des voix extrêmes, et si parmi elles, en écho à celles venues de métropole, on devait en choisir une, celle d´Amar Ouzegane paraîtra appropriée. Responsable FLN de la région d´Alger, il deviendra ministre d´État lors de l´indépendance et publie Le meilleur combat où il évoque l´Appel:
Notre célèbre compatriote, ulcéré par le massacre des populations civiles, se proposait de venir à Alger y lancer un appel à la Trêve civile pour le respect des enfants, des femmes et des vieillards. Il ajoute:
L´idée généreuse du futur prix Nobel rejoignait le sentiment que nous avait exprimé le cheikh Larbi Tebessi, indigné par les horreurs perpétrées à Tébessa et ailleurs par la Légion étrangère contre les femmes et les enfants. [...] Cette rencontre psychologique de deux grands Algériens différents par l´origine, la langue, la culture, le milieu social, la foi, l´idéal, est plus qu´un symbole. C´était le même cri de douleur de deux fils autour de la même mère, l´Algérie martyrisée... (37)
On a l´impression, à lire ce dernier passage que l´initiative de Camus est uniquement motivée par l´indignation partagée avec un ouléma indépen- dantiste sur des massacres de civils innocents que la Légion Étrangère aurait perpétrés dans la région de Tébessa.
Cette venue de Camus fit l´objet d´une discussion au sein du FLN:
L´opinion qui prévalut après une féconde discussion n´avait pas le caractère d´une naïve parénèse exhortant le loup à respecter les brebis et les agneaux. Personne au FLN n´avait cette candeur. Pour nous tous, la férocité congénitale du monstre colonialiste français n´était sensible qu´à une seule morale rédemptrice: lui casser la gueule! Mais il y avait les autres…En dehors des colonio-fascistes, des indifférents, des égoïstes et des racistes, il y avait la masse flottante des égarés, des ignorants, des indécis, des neutres, des charitables, des humanistes insatisfaits d´une humanité carnassière etc.
La Trêve civile avait une chance sur mille. (38)
Quelles sont donc les raisons qui poussent le FLN à soutenir l´Appel? Ouzegane en cite trois: d´abord, rassembler des Algériens de bonne volonté sans distinction de race ni de religion, pour un but angélique; ensuite nous arrachons les démocrates européens de leur désarroi, de leur immobilisme et de leur isolement volontaire; enfin nous démontrons qu´il est possible de mater les ultras et de triompher de leur intolérance fasciste.
Ouzegane raconte comment le FLN changea le lieu de la conférence dans le nadir (l´immeuble du Cercle du Progrès), transformé en forteresse inexpugnable(39):
Bien avant l´heure de la conférence, la grande salle était archicomble avec un auditoire de qualité rarissime, offrant le spectacle unique d´une fraternité raciale paradisiaque. (40)
Le résultat, bien sûr, était que Camus avait conscience d´être l´obligé du FLN, car en vertu de cette générosité traditionnelle qui relève de l´hospitalité arabe, le FLN a apporté son concours spontanément, discrètement, efficacement. (41)
Albert Camus n´était pas particulièrement favorable au FLN. À la lumière de sa propre expérience, il fut amené à réviser son préjugé défavorable importé de Paris. Peut-être sa voix d´outre-tombe se fera-t-elle justicière pour réclamer le châtiment de Robert Lacoste, [qui succéda à Jacques Soustelle en février 1956)] le criminel de guerre numéro un, le saboteur de la Trêve civile, le profanateur de la France, sa marâtre colonialiste? (42)
Le délire ferait rire s´il n´était pas le fait d´un homme qui, quelques pages plus loin, défend l´utilité pédagogique des nez tranchés et des gorges coupées, des meurtres d´innocents, car la guerre est un tout, comme il le dit plaisamment; comme si l´homme n´avait pas lui-même brandi, contrairement à Sartre, le couteau de l´exécuteur.
La petite phrase sèche de Simone de Beauvoir:
Jamais Camus ne prononça de phrase plus creuse que lorsqu´il demanda pitié pour les civils (43)
résume sobrement la parenté d´une intelligentsia parisienne avec les débordements d´un Chateaubriand parénétique.

CONCLUSION

Cet Appel pour une trêve civile est un texte-événement. En tant qu´événement il s´inscrit comme la défaite du rêve de Camus, comme une Journée des Dupes, suivant le mot de Rosfelder, comme un épisode de la guerre subversive. Comme document il est capital et témoigne de la modernité de l´écrivain.
Denis Salas, dans un recueil de textes de Camus sur le terrorisme, imagine qu´une rencontre des mémoires déchirées par la guerre d´Algérie offrirait peut-être des perspectives de réconciliation. Elle donnerait la parole à toutes les victimes, celles de la torture et du terrorisme. […] On en vient à souhaiter des états généraux de la mémoire franco-algérienne où chacun - militaires, Algériens, Harkis, Pieds noirs… - pourrait témoigner afin de désenclaver les mémoires blessées et, enfin, forger une mémoire commune. (43)
Or ce vœu pieux se heurte à quelques dures réalités constamment rappelées et nous n´avons même pas besoin pour cela de jeter un regard de l´autre côté de la Méditerranée.
La première réalité est celle d´une histoire officielle brandie par une mémoire dominante, servant une idéologie, d´une intolérance rageuse, griffant tout ce qui dérange la belle ordonnance d´une vérité fixée une fois pour toute (44) Il ne sera pas question, dans le cadre de cet article, de reprendre l´ensemble de la question, mais de présenter un exemple de manipulation significatif. Si j´ai choisi Hartmut Elsenhans, c´est que ce professeur allemand a écrit une Frankreichs Algerienkieg 1954-1962, ouvrage de plus de mille pages traduit sous le titre La guerre d´Algérie 1954-1962 La transition d´une France à l´autre Le passage de la IVe à la Ve République, et surtout qu´il est considéré par Gilbert Meynier comme le Paxton de la guerre d´Algérie: la France de Vichy a eu Paxton, la guerre d´Algérie a désormais Elsenhans, précise Meynier dans l´introduction au livre d´Elsenhans. Il est donc un poids lourd, dans la lignée de Meynier, de Stora et de Mohammed Harbi, et reconnu comme tel.
Or Hartmut Elsenhans écrit dans un numéro spécial Histoire (Geschichte) de l´hebdomadaire à grand tirage Der Spiegel (2/2007, p. 92-95, Algerien – Realität und Mythos) L´Algérie, Réalité et mythe. Certes, la présentation nécessairement ramassée d´événements complexes requiert tout autant, sinon plus de probité, de rigueur et du sens de l´important qu´un gros ouvrage. Le professeur est-il à la hauteur du défi?
La “grande nation” [La France] était omniprésente en Algérie, et cette présence se cristallisait avec la présence d´un million de Français d´Algérie. L´étreinte de la puissance coloniale et la résistance contre la menace du génocide de l´identité algérienne sont à la base de la formation de la nation. Génocide de l´identité algérienne: en reprenant un mot qui ressort de l´argumentaire habituel du président algérien, il suppose la préexistence d´une identité algérienne, liée à un peuple, à une nation, voire à un État. Or l´Algérie n´existait pas en 1830, pas plus que le nom. Il s´agissait d´un vaste territoire aux contours flous, soumis trois siècles plus tôt à la domination de l´Empire Ottoman, terre d´invasions multiples, aux tribus belliqueuses. N´y avait-il pas tout de même un peuple arabe? Boualem Sansal fait dans Le Nouvel Observateur cette réponse provocante:
Cela est vrai, mes frères, à la condition de retirer du compte les Berbères (Kabyles, Chaouis, Mozabites, Touaregs) et les naturalisés de l´histoire (mozarabes, juifs, pieds-noirs, Turcs, coulouglis, Africains). Les 16 à 18 % sont des Arabes, personne ne le conteste.
Hartmut Elsenhans poursuit:
Les mots d´ordre nationalistes trouvèrent précisément en raison de la puissance coloniale un large écho au sein de la population immigrée, tout d´abord à l´extérieur du pays: parmi les immigrés algériens de France, qui étaient nombreux à souffrir de la discrimination raciale,
mais il oublie en route les milliers de morts et de blessés qui accompagnèrent la prise en main de la population musulmane immigrée par le FLN en métropole même (et je renvoie à l´ouvrage de Raymond Muelle déjà évoqué ainsi qu´à la note 19 de cet article).
Le professeur écrit à propos de mai 1945 à Sétif et dans sa région:
Lorsqu´en mai 1945, les Algériens fêtèrent publiquement la victoire sur l´Allemagne nazie à laquelle eux-mêmes avaient contribué […],
il donne l´impression d´une célébration de la victoire réprimée par la police et l´armée, ce qui était faux: il s´agissait de manifestations politiques interrompues par la police et dégénérant en massacres commis par les manifestants, ces massacres entraînant une répression considérable: les événements de Sétif et de sa région sont assez tragiques pour qu´on n´y ajoute pas encore avec une représentation faussée.
Lorsque l´historien allemand évoque le 1er novembre 1954, il oublie le très emblématique assassinat de l´instituteur Guy Monnerot et de Hadj Saddok, caïd ancien combattant.
Lorsque Mr. Elsenhans exprime que ce qui était le but de l´armée française, en 1957, l´intégration totale de l´Algérie dans la France, fut rejetée par la classe politique de la Métropole et encore plus de l´opinion publique, il fait complètement impasse; il néglige le simple fait que l´intégration était un projet politique, soutenu par le Parlement, mis en œuvre par un gouvernement de coalition, sur place avec Jacques Soustelle et Robert Lacoste, un projet que l´armée française avait pour mission d´accompagner. Quant au référendum sur la Constitution de la Ve République, dont il ne dit mot, il était aussi le plébiscite des promesses explicites faites par de Gaulle de garder l´Algérie à la France.
Quid des Accords d´Évian? Quid de la politique gaullienne? Ce qu´Elsenhans en retient, c´est que de Gaulle s´assura le contrôle du pétrole algérien, ce qui ne veut pas dire grand chose et de toute manière était faux, alors même qu´il écrit quelques lignes plus haut: Même le pétrole découvert au Sahara en 1956 ne pouvait être exploité commercialement qu´au sein d´une coopération internationale, ce qui est de même inexact.
Il précise d´autre part que des icônes françaises de la Résistance contre l´Allemagne hitlérienne, tels que Pierre-Henri Simon et Claude Bourdet s´élevèrent alors contre la brutalité de la guerre coloniale et organisèrent la résistance contre la torture et pour  les droits de l´homme.
Si Harmut Elsenhans suggère une relation entre résistance au nazisme et opposition à la guerre d´Algérie, il aurait dû aussi évoquer les Sartre et les Jeanson, les porteurs de valises qui trouvèrent tant de soutiens dans l´Allemagne d´Adenauer, et tant qu´il y est, rappeler la conversion de responsables nazis au national-islamisme cairote du temps de Nasser. Et ne pas oublier que nombre d´authentiques résistants et de vétérans de l´Armée d´Afrique prirent contre de Gaulle la de l´Algérie française.
Soyons tout de même reconnaissants envers le professeur de nous avoir rappelé le mot d´ordre de la Centrale du FLN [directives du CEE] aux combattants: “Une bombe qui tue dix personnes et en blesse cinquante est psychologiquement aussi efficace que l´anéantissement de tout un bataillon français”.
Mais là où j´ai du mal à suivre, c´est quand il précise que l´emploi de la violence aveugle (blind Gewalt) aurait disqualifié le FLN comme une bande de tueurs fanatiques. Cette violence aveugle fut payante à plusieurs titres, dont celui de sa médiatisation sur la scène internationale; et si elle trouva des limites à son caractère aveugle, c´est que le terrorisme algérois frappait là où il avait des chances de toucher des victimes innocentes, des enfants de préférence. Elle était en tout cas un élément indissociable de la guerre totale menée par le FLN. C´est ce qu´affirme Ouzegane dans Le meilleur combat, et nous le croyons volontiers, de préférence à Elsenhans.
Il y aurait encore d´autres détails à épingler. Nous nous contenterons de ceux-là en ajoutant que, naturellement, Elsenhans ne dit pas un mot du nettoyage ethnique dont furent victimes les Français d´Algérie et leurs compatriotes musulmans du Parti de la France, de la solution finale, de la capitulation politique du 19 mars 1962, de tout ce que Jean Monneret évoque dans La dernière phase de la guerre d´Algérie ou encore Raphaël Delpart dans Les oubliés de la guerre d´Algérie.
Je terminerai ces réflexions avec un détail piquant. Elsenhans écrit:
À la fin, poussée à bout par une société civile récalcitrante, l´armée française appela l´homme fort. Il fut choisi [gewählt] comme Président du Conseil puis comme Président de la République.
Dans sa précipitation à ne pas parler de ce qui ne lui chaut pas, notre professeur mélange investiture sous la IVe République et élection sous la Ve À la suite d´un référendum et d´élections parlementaires dont il n´est pas davantage question. En sautant allègrement par-dessus le 13 mai 1958. Soyons assurés qu´il ne s´agit pas ici d´un péché d´ignorance, mais d´une interprétation dont le caractère idéologique est patent.  Le lecteur allemand lambda a-t-il compris que l´on avait sauté d´une république à l´autre, et comment, dans un processus que les gaullistes avaient parfaitement téléguidé et mené à bonne fin? On peut en douter.
Voilà, en tout cas, la parfaite illustration d´une manipulation de l´histoire par celui que Gilbert Meynier appelle le Paxton de la guerre d´Algérie, qui aboutit à un article de qualité scientifique bien inférieure à sa valeur de propagande, ce qui augure bien de l´objectivité historienne des travaux d´Elsenhans et de ceux de son ami Meynier.
La seconde réalité, non moins négationniste, tente de gommer, non pas une écriture historienne rebelle et rivale, mais une mémoire qui gêne, celle des pieds-noirs, militaires et harkis. (46)
La troisième réalité est fournie par les médias quand ils promeuvent une vision unilatérale de la guerre d´Algérie correspondant à un politiquement et à un historiquement correct.
France 3 a récemment diffusé (le samedi 28 janvier 2008) un film documentaire de Faouza Kétiri Les porteuses de feu dont le sujet porte sur les attentats terroristes commis par des femmes musulmanes et qui entraînèrent ce qu´on appelle la bataille d´Alger en 1957, avec les interviews des tueuses et d´un militaire français, interviews scandées par des images empruntées au film de Pontecorvo La bataille d´Alger. Le documentaire a été présenté tel quel, sans débat, et sans que la parole fût donnée, ainsi que l´annonce de Fr 3 le promettait, à des victimes du terrorisme. Nombre de protestations se sont élevées à propos de ce que certains qualifient d´apologie de crimes contre l´humanité. Il serait souhaitable que toute ambiguïté soit levée quant à la position de Faouza Kétiri et de la direction des documentaires de France 3 sur la réponse à une question simple qui leur a été posée: peut-on justifier, quelques soient les auteurs et quelle que soient les raisons, que des civils innocents soient la cible désignée de violences? (47) Et pourtant, la question mérite plus qu´une réponse: un débat sur le terrorisme et ses justifications, sur un malheur qui n´a pas perdu de son actualité. C´est la question que posait Camus dans son Appel à une trêve civile. Aujourd´hui, la loi condamne l´apologie de crimes contre l´humanité. Ni Faouza Kétiri ni la direction de France 3 n´ont souhaité répondre à la question qui leur a été explicitement posée. Une émission du médiateur le samedi 15 mars n´a pas apporté de réponse claire à une question simple.
Le silence est parfois une réponse plus éloquente que les protestations indignées de la vertu.
Face aux Elsenhans et au Kétiri, devant leur assurance, Albert Camus, qui se posait la question de savoir ce qu´on peut faire du parti de ceux qui ne sont pas sûrs d´avoir raison, est aussi celui qui écrivait dans Actuelles I:
[…] J´ai toujours pensé que si l´homme qui espérait dans la condition humaine était un fou, celui qui désespérait des événements était un lâche.














NOTES

1. - Les guerres, car il faut ajouter à l´engagement militaire contre la rébellion celle du FLN contre les musulmans, et celle des Français entre eux, et ne pas oublier que la guerre est menée sur trois fronts: l´Algérie, la métropole, la scène internationale.
2. - Jacques Julliard disait il y a plus de vingt ans: le temps de l´histoire est venu (Camus et la politique, sous la direction de Jeanyves Guérin, Actes du colloque de Nanterre 5-7 juin 1985). On peut exprimer le même souhait plus de vingt ans après, mais sous forme interrogative.
3. - Magazine littéraire, 1990 Charles Poncet: L´impossible trêve civile. (p. 28-31)
4. - op. cit. p.29
5. - op. cit. p. 29
6. - op. cit. p. 30
7. - op. cit. p. 31
8. - op.cit. p. 31
9. - Mohamed Lebjaoui, Vérités sur la révolution algérienne, p. 38. Herbert Lottman rapporte le contenu de l´ouvrage de Lebjaoui sans que l´on sache s´il s´agit d´un simple compte-rendu ou d´une adéquation aux affirmations de Lebjaoui.
10. - M. Lebjaoui, op. cit. p. 47
11. - M. Lebjaoui, op. cit. p. 41. Le programme du FLN était sans équivoque et correspondait à un abandon pur et simple de l´Algérie au FLN, exclusivement. Ce qui se fera avec la capitulation de mars 1962.
12. - M. Lebjaoui, op. cit. p. 40
13. - M. Lebjaoui, op. cit. p. 43
14. - M. Lebjaoui, op. cit. p. 47
15.- Le socialiste Aziz Kessous est en dehors du cercle. Le FLN prendra en main l´organisation pratique de la réunion, assurera son déroulement, notamment grâce à un service d´ordre.
16. - On retrouvera dans L´Espoir, publication des amis libéraux de Camus le programme suivant:
- Dialogue avec les responsables des mouvements insur- rectionnels en vue d´un cessez-le-feu,
- Liberté de presse et liberté démocratique
- Solution du problème algérien dans une nouvelle définition de l´Union Française assurant l´égalité des peuples et des individus.
(Albert Camus, Essais, Pléiade, note de Roger Quillot Essais p. 1842)
Albert Camus publie dans Encounter une réponse à un article de la revue anglaise. Le texte repris, par Roger Quillot parmi les textes complémentaires des Chroniques, contient des propositions sensiblement différentes (Essais, p. 1878)
17. - Roger Quillot note que, parmi les quatre participants au comité prépa- ratoire, se trouvaient un futur ministre du gouvernement Ben Bella, un futur ambassadeur et un conseiller du président Ben Bella (Albert Camus, Essais, p. 1842).
18. - Charles Poncet réfute absolument que l´essai de manipulation ait réussi. Lebjaoui prétend même que Camus lui avait offert l´hospitalité lors d´une rencontre à Paris, rue Madame. Or à cette époque, Camus n´habitait plus rue Madame, comme le remarque Charles Poncet. Pour Rosfelder, l´ami de Camus qui avait assisté à la conférence, c´était un “coup de poker” transformé en journée de dupes, sans pourtant que Camus s´y soit entièrement laissé prendre. (L`Algérianiste no. 90, juin 2000 Pierre Dimech: André Rosfelder, Entretien, p. 86)
19.- Soit dit en passant, Lebjaoui parle dans son ouvrage de la guerre menée en métropole, mais omet soigneusement de dire comment le FLN s´était imposé dans la population algérienne et comment il avait éradiqué ses concurrents. Il n´est pas inutile de rappeler cette stratégie. Pierre Laffont cite Jean Daniel :
Il leur fallait transformer en traîtres et en collaborateurs tous ceux qui n´étaient pas avec eux, c´est-à-dire, au début, la majorité des Algériens.
Pierre Laffont ajoute:
Au cours des premiers mois, les musulmans se contentent d´être des spectateurs: tous les moyens, des plus habiles aux plus atroces, vont être employés par le FLN pour faire d´eux des acteurs. Les plus habiles? On commence par demander un service sans importance: transport ou distribution de tracts, par exemple. C´est suffisant pour que, faisant alterner flatteries et menaces, l´homme se retrouve engagé dans la rébellion sans s´en être aperçu.
Les plus atroces? Pendant les premiers trente deux mois de la guerre (novembre 1954-mai 1957) les rebelles abattront 1035 Européens et…6532 musulmans. […] Plus horribles encore, pour les témoins, vont être les mutilations de vivants et de cadavres. (Pierre Laffont, Histoire de la France en Algérie, p. 423-424)
Mohammed Harbi évoque bien, dans l´introduction à son ouvrage Le FLN mirage et réalité,
des structures d´encadrement autoritaires et une forme particulière de rapport avec le peuple
et précise que
comme ils n´étaient pas soutenus, au moment de leur entrée en scène, par un mouvement populaire dynamique et réel, ils prirent le pouvoir dans le mouvement par la force et le gardèrent par la force.
Si Mohammed Harbi, contrairement à des Meynier, Elsenhans et autres Stora, évoque des règlements de compte et des luttes pour le pouvoir à l´intérieur du FLN ainsi que la nature totalitaire, national-islamiste, bolchevique du parti, il évite soigneusement d´aller au détail de l´exercice de ce pouvoir sur les masses musulmanes et des moyens de persuasion. L´ouvrage collectif La guerre d´Algérie et les Algériens, sous la direction de Charles-Robert Ageron est également d´une remarquable discrétion, alors que plusieurs titres des contributions (notamment celles de Daho Djerbal, Sylvie Thenault et d´Ageron lui-même) pouvaient laisser espérer que ces questions seraient vraiment traitées: pas la moindre goutte de sang ne dérange la belle ordonnance de l´historiquement convenable.
Le Comité national de la révolution algérienne réuni à Tripoli du 16 décembre 1959 au 18 janvier 1960 établit clairement l´orientation du FLN vers un régime de parti unique, totalitaire, islamique. La déclaration du CRUA en 1954 parle déjà de cadre naturel arabo-musulman.
20. - Albert Camus, Essais, La Pléiade p. 1864-1865.
21.- Albert Camus, Réflexions sur le terrorisme Textes choisis et introduits par Jacqueline Levi-Valensi, commentés par Antoine Garapon et Denis Salas, p. 130.
En écrivant que sauver des vies arabes revient à épargner des vies du côté français, et à arrêter, par le seul moyen qui nous soit offert, la dégoûtante surenchère entre les crimes, Camus fait une erreur d´appréciation. Sans le terrorisme, d´ailleurs dirigé envers les musulmans avant de l´être envers les Français de souche, le FLN n´aurait pas existé. La bonne foi d´Albert Camus fut surprise, une fois de plus.
22. - Albert Camus, Essais, La Pléiade, p. 1843
23. - Albert Camus, Essais, note de Roger Quillot p. 1843-1844.  Les historiens Le Mire et Montagnon, historiens et anciens officiers, rendent aussi à l´occasion hommage au courage du combattant de l´ALN.
24. - Cité dans Albert Camus Une vie d´Olivier Todd, p. 630
25. - Albert Camus, Essais, note de Roger Quillot p. 1864
26. - Albert Camus, Essais, La Pléiade, note de Roger Quillot, L´Express, 9 juillet 1959).
27. - Guy Dugas: L´Agitateur Un roman inédit d´Emmanuel Roblès sur la guerre d´Algérie, in Audisio, Camus, Roblès, frères de soleil, leurs combats. Autour d´Édmond Charlot, Épisud, Aix-en-Provence, 2003.
28. - Chapitre Camus et la trêve civile in Les rives du fleuve bleu (209- 250) Le Seuil 1990
29. - Selon André Rosfelder, Maisonseul aurait commis des imprudences, Cf. Le onzième commandement, p. 404. Albert Camus protestera vigoureu- sement. Voir L´affaire Maisonseul dans les Chroniques.
30. - André Rossfelder: Le onzième commandement, chapitres 15, 16 et 17, p. 368-406. Le nom de Rosfelder s´écrit Rossfelder quand il s´agit de l´auteur de l´ouvrage.
31.- André Rossfelder, op. cit. p. 398-399
32.- André Rossfelder, op. cit. p. 400
33.- André Rossfelder, op. cit. p. 402-403. Un extrait de la lettre est cité dans Albert Camus, d´Olivier Todd, p. 364-365.
34.- André Rossfelder, op. cit. p. 405. Quelles que soient les divergences politiques qui ont pu se dégager, subsiste la plupart du temps la force de la vieille camaraderie.
Témoin ces mots de Rosfelder dont la ligne politique (soustellienne, proche du combat pour l´Algérie française de ses camarades vétérans de la Première Armée française)  s´éloignera considérablement de celle de Roblès, à propos duquel il écrit les lignes suivantes:
Il était ce fils de maçon immigré qui avait écrit Travail d´homme et qui persistait à croire à la communauté de l´effort, aux valeurs familiales, à la fraternité humaine, à la compassion, à l´équipe, aux copains – particulièrement aux copains qui passaient toujours avant les différences politiques qu´il suffisait alors de taire. (p.405)
C´était aussi la position d´Albert Camus envers Roblès, Belamich, Rosfelder. Mais face à des Jean Daniel ou à des Sénac, pourtant Français d´Algérie également, mais qui lui semblaient trahir la cause de sa com- munauté, il pouvait se montrer d´une intransigeance sans concession et sans appel. Camus avait ses frères en amitié, dont René Char ou Jean Grenier - et les autres. Jean Daniel explique dans son Avec Camus de 2004:
Tandis que Camus devenait patriote pied-noir, je me trans- formais en intellectuel de gauche. 
En fait Camus restait ce qu´il avait toujours été et Daniel suivait la courbe de son orientation et de ses opportunités. D´où l´écart grandissant et la rupture. Pour Jean Daniel, lors de l´Appel pour une trêve civile, le FLN était bien disposé, les pieds-noirs hostiles. Mais le journaliste aussi bien informé que faussement naïf de L´Express se garde bien d´évoquer le massacre de Sakamody, trois semaine après l´Appel… Pour plus de détails, voir La lettre de Veritas, 15.03.2007, l´article, p. 4. du Dr. Pierre Cattin: Les faussaires. À propos d´un livre récent de Jean Daniel sur Camus.
35. - Christine Chaulet-Achour: op. cit. p. 134. Jean Daniel, dans Avec Camus, assimile les opinions de Camus à celles de Germaine Tillon, dont les convictions ont fortement évolué, c´est le moins qu´on puisse dire, depuis sa collaboration avec Soustelle (les Centres sociaux) jusqu´à ses opinions favorables à l´indépendance, sinon jusqu´à une forme de soutien au FLN. L´amalgame opéré par Jean Daniel permet de faire de Camus ce qu´il n´a jamais été.
36. - Christine Chaulet-Achour, op. cit. note 64 p.179. Kateb Yacine, rejoignant son camp, n´aura pas toujours autant d´indulgence pour Camus
37. - Amar Ouzegane, Le meilleur combat, p. 231
38. - Ouzegane, op. cit. p. 231.232
39. - Ouzegane, op. cit. p. 235
40. - Ouzegane, op. cit. p. 234
41. - Ouzegane, op. cit. p. 235-236
42. - Ouzegane, p. 236
43. - S. de Beauvoir, La force des choses, p. 91
44. - Albert Camus. Réflexions sur le terrorisme. Textes choisis et introduits par Jacqueline Levi-Valensi, commentés par Antoine Garapon et Denis Salas. Nicolas Philippe, Paris 2002, p. 235-236.
45. - Un excellent exemple nous est fourni lors de la parution de l´ouvrage de Georges-Marc Benamou Un mensonge français et particulièrement de l´émission d´Arlette Chabot (Mots croisés) qui lui fut consacré. La réaction violente fut d´ailleurs moins motivée par la parution de l´ouvrage que par son évocation médiatique. Je me contenterai de citer les dernières lignes d´un long article rédigé par Mohamed Harbi et Gilbert Meynier (La dernière frappe du révisionnisme médiatique) dans Confluence Méditerranée (no. 48, Hiver 2003-2004), lesquelles sont fort instructives:
Pour conclure, quand notre ami Vidal-Naquet juge, comme il l´a fait dans Marianne, que le livre de G-M. Benamou est une “merde”, nous sommes d´accord en cela […] etc. Inutile de commenter.
46. - L´historien Jean Monneret, conférencier et écrivain, a écrit entre autres: La tragédie dissimulée, Réplique à l´amiral De Gaulle (ouvrage collectif), La phase finale de la guerre d´Algérie. Pour plus d´infor- mations, je renvoie à son site web et à l´article de Wikipedia qui le concerne.
47. - Gérard Lehmann: Le sourire des assassins, Lettre ouverte à Fr 3, La lettre de Veritas, 15 mars 2008, no. 121. France 3 aurait pu, dans un souci de rééquilibrage et d´honnêteté intellectuelle, choisir de programmer La valise à la mer de Nicole Guiraud, court métrage qui raconte le drame de l´enfance mutilée et qui reçut nombre de prix en Allemagne, en Italie et aux États-Unis, ou au moins lui donner la parole dans le cadre de l´émission.
N´ayons pas la naïveté de croire que la réponse est évidente. Sartre et Beauvoir, Merleau-Ponty, Fanon, entre autres, défendirent en leur temps contre Camus au nom d´une idéologie totalitaire, qui n´a rien à envier au nazisme, l´idée d´un terrorisme nécessaire justifiant le sacrifice délibéré d´innocents; il serait intéressant de savoir dans quelle mesure un Elsenhans partageant aujourd´hui cette opinion, par les ombres sartreuses prit son repos. Mais il est vrai que le code pénal sanctionne aujourd´hui, en Allemagne comme en France, l´apologie de crimes contre l´humanité.


SÉLECTION BIBLIOGRAPHIQUE


Ageron Charles-Robert (sous la direction de): La guerre d´Algérie et les Algériens 1954-1962. A. Colin 1997
Camus Albert: Chroniques algériennes 1939-1958 Actuelles III Gallimard 1958
Camus Albert: Essais, textes établis et annotés par R. Quillot et L. Faucon   Introduction de R. Quillot. Gallimard, La Pléiade 1965
Camus Albert: Réflexions sur le terrorisme Textes choisis et introduits par Jacqueline Levi-Valensi, commentés par Antoine Garapon et Denis Salas. Nicolas Philippe, Paris 2002
Cattin Pierre: Les faussaires. À propos d´un livre récent de Jean Daniel sur Camus. La lettre de Veritas no. 111, mars 2007
Christine Chaulet-Achour: Albert Camus et l´Algérie. Fraternités et tensions. Barsakh, Alger 2004
De Beauvoir Simone: La force des choses Gallimard 1963 (T. II)
Delpart Rapahël Les oubliés de la guerre d´Algérie Michel Lafon 2003
Dimech Pierre: André Rosfelder, entretien. L`Algérianiste no. 90, juin 2000
Dugas Guy: L´Agitateur, un roman inédit d´Emmanuel Roblès sur la guerre d´Algérie in Audisio, Camus, Roblès, frères de soleil, leurs combats Rencontres méditerranéenes Albert Camus, Episud, Aix-en-Provence 2003
Elsenhans Hartmut: Algerienkrieg, Realität und Mythos, Der Spiegel Geschichte 2007/2
Harbi Mohammed: Le FLN mirage et réalité, Jeune Afrique, Paris 1980
Jouhaud Edmond: Histoire de l´Afrique du nord, Éditions des Deux Coqs d´Or, 1968.
Laffont Robert: Histoire de la France en Algérie, Plon 1980
Lebjaoui Mohamed: Vérités sur la révolution algérienne, Gallimard 1970
Le Mire Henri: Histoire militaire de la guerre d´Algérie, Albin Michel 1982
Lottman Herbert R. Albert Camus, Le Seuil 1985
Monneret Jean: La phase finale de la guerre d´Algérie, L´Harmattan 2000
       Le livre blanc de l´armée française en Algérie Contretemps 2002 (ouvrage collectif).
       Réplique à l´amiral De Gaulle. Éditions du Rocher 2002 (ouvrage collectif)
Montagnon Pierre: La guerre d´Algérie, genèse et engrenage d´une tragédie, Pygmalion 1982. Ouvrage couronné par l´Académie française
Histoire de l´Algérie des origines à nos jours Pygmalion 1998.
Muelle Raymond: 7 ans de guerre en France. Quand le FLN frappait en métropole. Éditions du Patrimoine, Monaco 1994
Ouzegane Amar: Le meilleur combat Juillard 1962
Poncet Charles: L´impossible trêve civile, Magazine littéraire 1990, p. 28-31
Roblès Emmanuel: Les rives du fleuve bleu, Le Seuil 1990
Rossfelder André: Le onzième commandement, Gallimard 2000
Soustelle Jacques: Aimée et souffrante Algérie, Plon 1956
Todd Olivier: Albert Camus Une vie, Gallimard 1996

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Wagner le 02.04.12 à 14:50 dans d/ Nos écrivains célèbres. - Lu 3004 fois - Version imprimable
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Commentaires

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