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D'Algérie-Djezaïr
ORGANISATION
Mercredi 27 Janvier 2010
Camus : un Algérien, en Algérie, répond à un autre Algérien à Paris.
Le débat s'enrichit.
Cher ami, professeur Belaid,
Dans les cas les plus heureux, tu dois te rappeler de moi. Nous sommes de la même promotion. Je ne saurais t’en vouloir au cas où tu ne me remets pas. Je t’ai toujours pris en sympathie du fait que tu étais brillant durant tout le cursus et tu as fait montre d’un sérieux et d’une persévérance peu égalés et que , aussi, tu portes sur tes épaules un grand nom de l’histoire contemporaine de l’Algérie. Pour moi, Abane Ramdane ton oncle reste une figure et une icône de la révolution.
Comme tout le monde, j’ai dû lire avec intérêt et une certaine réserve ton dernier article sur Camus. Je ne discute ni du fond ni de la forme de ton texte; tout simplement parce que je respecte tes opinions. Mais permets moi, d’apporter quelques autres points de vue et autre contribution tout aussi personnelle, non pas en opposition à la tienne mais en contigüité et ce, dans le cadre d’un débat ouvert tolérant et enrichissant. Tu ne verrais pas d’inconvénient ? Je veux, ainsi exprimer, la diversité bénéfique de notre génération qui comme je l’ai toujours fait remarquer était à cheval entre deux époques. L’une engendrée par l’autre et notre génération d’en assurer ce relais nécessaire et utile.
Communiquer Camus, l’humaniste et le philosophe aux Algériens nés après l’indépendance n’est pas aisé et je n’en ai personnellement pas l’envergure mais c’est sûrement séduisant que de le tenter tant les idées hautement humaines du personnage doivent se faire connaître, diffuser et incruster dans les esprits de jeunes écoliers ou universitaires. Qu’il eut à soutenir sa communauté, je ne lui dénie pas, outre mesure, ce penchant pour les siens. Certaines de ses déclarations montrent bien qu’il était entre le marteau et l’enclume ; cf. sa déclaration : ‘’Je ne veux pas, je me refuse de toutes mes forces, à soutenir la cause de l’un des deux peuples d’Algérie au détriment de la cause de l’autre’’. A dire vrai, certains articles, assimilés et commentés différemment par les uns et les autres, entretiennent une regrettable cacophonie autour de lui le rendant encore plus diversement compris, voire incompris. Dans l’intellectualité universelle son algérianièté m’honore et je la revendique. L’Algérie gagnerait un prix Nobel pour peu qu’elle l’intègre en elle ! Nos deux textes, je le constate, s’éloignent et n’empruntent pas les mêmes raccourcis qui mènent à ce penseur. Si sa philosophie est diversement appréciée, cela peut s’expliquer par ce que l’on veut chercher et mettre en exergue. Toi et moi exprimons deux attitudes différentes sur un seul et même personnage. Par cette approche Camus devient, par la force du passé et des débats, comparable à un milieu chimique amphotère, il est, en même temps, basique et acide.
Amicalement
KA
« L’histoire est utile, non pas pour parcourir la passé, mais pour y lire l’avenir »
« Vis-à-vis de l’histoire, soyons comptables des bonnes choses »
A un certain Albert disparu,
J’ai lu avec intérêt certain et parfois des réserves, tous les articles sur Camus. Ils portent tous sur une question rendue sensible touchant moins le philosophe que l’homme qu’était l’auteur de ‘’
A la mort de Camus, j’avais l’âge de 12 ans, étant à une ou plusieurs têtes près avec sa fille Catherine. Nous avons été deux communautés à cheminer dans l’indifférence voire la méfiance et le même sentier emprunté concomitamment mena, cependant, à deux avenirs différents que nous vivons présentement, dans la nostalgie, pour certains et dans des ‘’aujourd’hui’’ faits encore d’incompréhension et d’indifférence. Le quotidien que nous vivons n’est pas, complètement débarrassé des passions d’une guerre encore vivace dans nos esprits. Les attentes restent suspendues. Nous évitons de nous questionner mutuellement sur certains événements non encore définitivement classés, devenus un legs encore occulté et du coup non comptabilisé ou complètement classé . La fin de la guerre n’a pas décanté la situation trouble héritée et durement vécue par les uns et par les autres.
Ayant assisté passivement à la période des affrontements, ma génération, plus lettrée que les précédentes, était à cheval sur deux époques, la coloniale et l’actuelle, celle de l’après indépendance. Si tâche m’incombait et ou rôle il y avait, je me devrais d’inciter ma génération de faire la jonction entre le passé et l’avenir en assurant, fidèlement, plutôt un continuum culturel et social versant dans l’universalité. Ma contribution présente, j’entends celle de ma génération, aussi humble s’avérait elle, est de servir de trait d’union entre une génération finissante et une autre commençante, aux fins de relayer les mêmes espérances et les mêmes phantasmes et mettre les jalons d’un avenir meilleur.
J’ai assisté à la guerre en spectateur craintif et cible potentielle de cauchemars et violences à l’instar de mes camarades quand bien même de l’autre communauté. Enfants , nous vivions la même peur, incertitudes et espoirs. Tout ce que je savais est le fruit de mon vécu rétréci, tout au plus, à mon quartier sinon celui de mes proches pendant cette période de braise. Avais-je la capacité d’apprécier, un tant soit peu, les quelques impacts laissés par la guerre et les reliques de conquêtes déracinantes, successives et destructrices qu’avait connues le pays ou d’inventorier les divers héritages, plus ou moins occultés, légués par mes aïeux ? C’était l’affaire des grands plus que des plus petits ou jeunes, et des hommes plus que les femmes, des militaires plus que les populations, le temps était à la guerre plus qu’à la paix. Il y a donc un message à remettre fidèlement à la descendance, pas exclusivement locale. L’affrontement suppose au moins deux clans mais la paix, tout le monde, sans exception, doivent y souscrire et persévérer en sa faveur. Quelques uns des enfants d’Algérie qui y sont nés ou de parents algériens, se trouvent éparpillés sous d’autres cieux ou sur l’autre rive de la mer méditerranée, sans doute avec les mêmes attentes différemment exprimées ou enfouies dans le subconscient. Ils sont, aussi et au même titre concernés par ce que nous appelons précisément le patrimoine et la culture, forces potentielles de base d’un pays.
L’école, moule social et citoyen, m’apprend, dans une complémentarité harmonieuse, ce que ma cellule familiale et mon entourage n’intégraient pas nécessairement dans mes us, comportements et croyances. Aujourd’hui la paix revenue. Trêve de tout. Il faut cultiver l’Amour de l’Autre et permettre le rapprochement. Servir de passerelle entre les cultures est un honneur (bonheur) à partager. Le défi est de construire et affermir notre Nation. Il n’est pas question de dédouaner ceux qui nous ont tués, séparés, déportés, méprisés, chassés, dépossédés et éprouvés par des restrictions, des interdits et des lois d’exception comme les codes forestiers et de l’Indigénat et encore, je ne sais pas, dans quelle mesure ne faut-il pas passer l’éponge et pardonner ? Disons que ‘’le Temps est le raccommodeur universel’’ ; laissons-le faire. Se lamenter sur un passé, aujourd’hui révolu, c’est une peine perdue. Laisser l’essentiel et s’en tenir à l’accessoire n’est pas bénéfique. Nous n’allons rien à changer à notre passé. Les historiens et les scientifiques sont les mieux habilités à reconstituer le puzzle de l’histoire avant l’extinction des acteurs de cette guerre qui en fut une.
J’ai usé, comme ma génération, des mêmes bancs scolaires et universitaires, pour devenir ce que je suis dans mon pays et ne pas sombrer dans des considérations autres que constructives, salutaires et réconciliatrices. J’ai prêté l’oreille attentivement à l’Autre et au reste du monde uniquement pour récolter une autre idée, une autre donnée, façon de rester dans le diapason. N’étant que produit d’une structure éducative, somme toute universelle, il m’appartient d’être commode et surtout ne pas avoir l’échine basse. Il n’est pas question pour moi, de juger ou se déjuger de tout ce qui se dit, ici et là, sur qui que ce soit. La formation et l’éducation que j’ai reçues sont basées sur la rigueur, l’exactitude des faits et la fidélité de la transmission, au moins, à mes enfants. D’ailleurs si je dois intervenir, ce serait à quel titre si ce n’est celui de rapprocher et fraterniser. Le temps est au rassemblement et à l’effort de se (re)construire. Nous ne pouvons entériner que dans l’objectivité scientifique les démarches fiables et crédibles et non des ‘’ vérités’’, racontées ou récits.
Accepte-je les assertions, loin de toutes contextualisation qui circulent à propos du patriotisme de l’Emir Abdelkader et de Messali Hadj. Le premier était chevalier poète et soufiste et le deuxième, fils du peuple, patriote et nationaliste. Faut-il souligner, la complexité de la tâche de ces deux résistants astreints à résoudre, à des périodes différentes de l’histoire, une double équation ?
Pour l’Emir, c’était comment maitriser des tribus hostiles entre elles et centraliser les pouvoirs à l’effet de gérer non pas, seulement des mechtas mais une Oumma ou un Etat à (re)créer de toutes pièces. Coincé par le roi du Maroc à l’ouest et le bey de Constantine à l’Est, craignant l’aptitude de l’Emir algérien à mettre sur pieds un état menaçant leur dynastie dans Dar El Islam, la mission de l’Emir, devenait, par eux, périlleuse et perdue d’avance. Il échoua donc, au grand dam du pays. Imaginons-nous à sa place.
Pour le second, soit Messali El Hadj, la conjoncture était d’une autre dimension, en ce sens que le problème résidait en l’occultation de
A l’état actuel des choses, je ne pense pas qu’il faille porter ce regard inquisiteur sur le passé ou sur les hommes qui l’ont fait. Ce qui est souhaitable, pour ma génération est de ne pas jeter l’huile sur le feu. Il est du devoir de tous de consolider la cohésion nationale et de positiver avec fierté les différents mouvements de libération et les activités partisanes du pays. Là, il faut faire ressortir et transmettre également le rôle des Chaulet, des Henri Alleg de Génassia, Audin, Maillot et Francis Jeanson et autres de la communauté d’origine européenne qui avait soutenu la cause algérienne. Il appartient aussi à ma génération de mettre en relief les héros et les sacrifices consentis, sans oublier les apports de la classe intellectuelle qu’encore ma génération se doit de regarder avec bienveillance et respect sans distinction, aucune, des auteurs et de la langue véhiculaire. Elle doit susciter des rencontres et des débats et faire ressortir les richesses et le génie algérien. Est-ce un parjure que de faire connaitre, d’une part Apulée, Ibn Badis et Robert Merle et de l’autre Saint Augustin, Ben Hedougua Mufdi Zakaria, Malek Haddad et Al Khalifa, nonobstant les liens entre eux, aussi lointains ou sinueux soient-ils. Il n’est pas question d’occulter des œuvres littéraires à portée mondiale quels qu’ils fussent été leurs auteurs, me dois-je de le réitérer. Chacun s’était appliqué ou rebellé à sa manière dans sa propre culture et langue à projection universelle.
Revenons à Albert Camus, véritable objet de cet écrit. Des Algériens comme moi, mais illustres, le considère ‘’écrivain algérien’’ ou ‘’gloire algérienne’’ dixit Dib et Feraoun. Avaient-ils tort ? Oh que non. A dire vrai, l’auteur du ‘’Mythe de Sisyphe’’ est différemment apprécié et pour cause. Il demeure à ce jour critiqué par sa propre communauté. Qui de nous ne choisirait pas sa mère avant tout. ‘’N’importe lequel d’entre nous aurait fait la même réponse’’ disait M. Bouteflika, le première magistrat du pays. Ce choix anime de chauds débats qu’exploitent ses détracteurs. Sa préférence et son alignement sur sa mère étaient donc différemment interprétés. Ainsi, pour Simone Bouvoir, Camus s’était aligné du côté des Pieds noirs. Pour d’autres, il soutenait sa France contre son Algérie ou encore la colonisation contre la guerre d’Algérie. Cela reste controversé. Malheureusement, il n’est pas là pour se défendre ou s’expliquer. Lui qui trouvait pressant de ‘’ sauver l’homme face à une histoire devenue folle’’
Camus Albert, le belcourtois quitta le PCF l’accusant d’être’’ trop en retrait par rapport aux aspirations des Algériens’’ Il faut lui reconnaître qu’il estime indécente la loi de Blum et Violette qui apporta à 60000 ‘’l’indigènes’’ et de surcroit méritants, le droit de s’exprimer et de s’émanciper. ’’Les Arabes demandent (plutôt) une constitution et un parlement’’ renchérit-il. En tant que journaliste il dévoila, en Kabylie un peuple qui vit ‘’d’herbes et de racines’’ Sensibilisé par les questions sociales de l’heure, il explosa : ‘’ voyez ce que vous avez fait en Kabylie’’. Il dénonça la misère ‘’celle de
Pour avoir lui-même connu la misère - est-ce imaginable, à l’époque pour quelqu’un de souche européenne- il revient souvent sur cette situation indigente dans ses écrits. Traduit en plusieurs dizaines de langues, il reste, cependant, incompris et invectivé et cette phrase de Camus à l’Express : « il faut considérer la revendication d’indépendance nationale algérienne en partie comme une des manifestations de ce nouvel impérialisme arabe dont l’Egypte, présumant de ses forces, prétend prendre la tête et que pour le moment,
Camus est certes un Algérien d’une autre communauté contiguë et plus ou moins mêlée à la notre. Pour la véritable symbiose des générations, à l’Algérie française il aurait fallu opposer paisiblement ‘’
Albert Camus, c’est encore de lui qu’il s’agit, avait vécu les moments difficiles des tourmentes et des détours de l’Algérie dans l’histoire des peuples. Enfanter Camus confirme la pluralité de l’Algérie qui, à travers les âges, s’était laissée visiter par d’autres, venus de différents horizons. Il s’agit de conquêtes, cependant il faut y voir aussi des civilisations. Camus n’en était que la conséquence, comme l’est Jacques Berque et Jules Roy. Natif de Dréan, ex Mondovi, gros bourg agricole à une trentaine de kilomètres au Sud de Annaba ex Bône et appartenant à une communauté autre tirant ses racines du même terroir, Camus vivait une douleur propre à un enfant de parents divorcés. Il déclarait clairement : ‘’Je ne veux pas, je me refuse de toutes mes forces, à soutenir la cause de l’un des deux peuples d’Algérie au détriment de la cause de l’autre »
Il ne souscrivait pas à la violence et il s’en démarquait. A René Barthes il disait ’’ notre tâche est de combattre les crimes et les ravages. Elle est de les combattre en nous-mêmes et dans les autres’’ Pour lui la guerre est ‘’ une vacherie universelle’’. A propos de des événements du 8 mai 45 Camus tonna’’ Il convient de rappeler aux Français que l’Algérie existe. Je veux dire par là qu’elle existe en dehors de
Camus appelait les Algériens mes frères. Il témoignait beaucoup de sympathie pour les Algériens voir la lettre à Kessous. Il était proche des idées de Messali Hadj, Mendes France et de Ferhat Abbes. Voir aussi les lettres à Feraoun Driss Chéraïbi et à Jules Roy.
Le FLN attendait de Camus qu’il fût de son côté. Mais ce dernier trouvait que les deux communautés ne pouvaient, pour des raisons culturelle au moins, être ‘’dans l’harmonie de l’indépendance’’ et d’autre part, il croyait à une fédération‘’ qui aurait une autonomie avec
Dans la tempête, Camus préféra se taire en s’exilant en France. ‘’ J’ai décidé me taire en ce qui concerne l’Algérie afin de n’ajouter ni à son malheur, ni aux bêtises qu’on écrit à mon propos’’ Il disait qu’il était le seul journaliste français à quitter l’Algérie pour avoir défendu les musulmans. Il a été réduit au silence.
Le cardinal Duval de dire : ‘’ J’ai admiré le sens extrêmement aiguisé qu’il avait du respect de l’homme. Il avait un immense amour pour toute la population d’Algérie dans laquelle il ne faisait aucune discrimination’’ JP Sartre : ‘’ Pour peu qu’on le lût et qu’on réfléchit, on se heurtait aux valeurs humaines qu’il gardait dans son poing fermé’’
Derrida : ‘ l’écriture et la différence, cette notion de « déconstruction » Camus est des nôtres. C’est notre mémoire collective, notre patrimoine, notre passé. C’est notre message d’espoir face à la tragédie humaine. Nul n’a aimé l’Algérie comme Camus, ce pays au « soleil source »
Manquait-il de courage ? Peut-être. Camus était quand même malade et ce ne fut, curieusement, pas sa maladie qui l’emporta. Il mourut violement contre un platane lorsqu’il préféra l’automobile au train et la compagnie de son ami et éditeur à celle de Francine, sa compagne. Il décédait loin de Belcourt aujourd’hui Belouizdad, un billet de train dans sa poche. Au fait, pourquoi ces choix n‘ont pas été interprétés ?
Faut-il dire que nous autres Algériens, sommes en conflit avec nos intellectuels ? Les différentes prises de positions que j’ai colligé, sont notablement contradictoires à l’adresse d’un seul et même homme que fût Albert Camus. Elles sont, par ailleurs, passionnelles dans certains cas, voire véhémentes dans d’autres.
Je conclus alors que c’est le personnage qui est, à bon ou mal escient, encore mal compris ; encore faut-il, pouvoir trancher. Ce que je peux dire est que dans ces débats infructueux, tant ils touchent au personnage, l’on occulte sa production. A Albert Camus, on jeta des mots plus durs que les pierres. On ne parle que secondairement, du philosophe, de l’humaniste et du dramaturge. Le film de Jaoui, le confinant à Paris, touche à sa vie privée . Au lieu de montrer ses conquêtes, faisons le parler.
Je termine par ceci « J’ai choisi mon pays. J’ai choisi l’Algérie où Français et Arabes s’associeront librement. »
KA
Réponse de JP Lledo à la lettre de KA à B Abane:
La réponse camusienne à la question algérienne.
Jean-Pierre Lledo
Qu’il me soit permis de tout d’abord de saluer la réponse pleine d’humanité de K.A, aux propos haineux de Bélaïd Abbane qui aurait dû avant de calomnier Camus, nous expliquer pourquoi et comment son illustre parent Abbane Ramdane, dirigeant de la « « révolution » » fut égorgé comme un malpropre et après un guet apens , par les siens, ces bons apôtres du nationalisme dont il se veut le Chantre.
J’aurais souhaité apporter une contribution fondée sur les tous les textes politiques de Camus concernant l’Algérie (notamment bien sûr ‘’Chroniques Algériennes’’), mais manque de temps, je me contenterai de dire hâtivement l’importance de sa pensée à ce sujet.
Camus est pour moi, la seule personnalité d’envergure à avoir vraiment compris son pays, c'est-à-dire à tenir compte des intérêts de la population musulmane et de la population non-musulmane.
Les nationalistes n’ont jamais voulu tenir compte de cette dernière, considérée par eux comme non-algérienne, parce que non-musulmane.
Les communistes eux parlèrent bien d’une Algérie indépendante et multiethnique. Mais à la différence de Camus, ils ne dénoncèrent que très mollement la stratégie terroriste du FLN à l’encontre de la non-musulmane, et encore moins sa volonté d’épuration ethnique.
Quant aux partisans de l’Algérie française, leur manque de réalisme ne pouvait que les mener à l’impasse suicidaire que fut à la fin, l’OAS.
Camus qui lors de sa Conférence sur la Trêve civile en 56 à Alger, avait pris comme gardes du corps, des copains de quartier, 2 boxeurs arabes de son quartier Belcourt, connaissait de l’intérieur la pensée nationaliste. Sartre, lui, se contentait de ce que les dirigeants nationalistes diffusaient pour la consommation extérieure.
C’est grâce à cette sensibilité de fils du bled, qu’il avait pu prédire (et non prophétiser) qu’une Algérie qui irait vers l’indépendance aux seules conditions du FLN, serait une Algérie qui se viderait de sa population non-musulmane, qui se mettrait sous la tutelle du grand frère égyptien (le ministre des Affaires étrangères du 1er gouvernement d’apres l’indépendance, Mohamed Khemisti est assassiné par un ‘’fou’’ quelques jours après s’être opposé à l’entrée de l’Algérie dans la République Arabe Unie - RAU, cet ensemble arabe dirigé par l’Egypte), et qui serait submergée par le fanatisme islamiste. Camus a écrit tout cela il y a plus d’un demi-siècle et force est de constater que la vie lui a donné raison !
Comme l’a admis l’historien Mohamed Harbi, qui fut lui-même un leader FLN , une Algérie qui aurait conservé sa population non-musulmane aurait été obligée d’opter pour un modèle pluraliste. Et comment douter qu’une Algérie multiethnique fondée sur le pluralisme des identités, des cultures, des religions, et des opinions, aurait fait fructifier le capital démocratique, qui se développe indiscutablement en Algérie à partir du début des années 30 du siècle dernier ?
Camus, malgré la maladie et l’ascèse du travail littéraire, dépensa sans compter son énergie pour tenter de faire entendre SA solution. Et quand il comprit que c’était peine perdue, il préféra alors le silence, mais jamais l’indifférence.
Je répète donc, et cela peut aisément se démontrer textes à l’appui, qu’à la ‘’question algérienne’’ comme on disait à l’époque, la réponse camusienne, parce qu’elle tenait compte des intérêts de tous, aurait été la SEULE manière de faire accéder l’Algérie, sans violence, à la Liberté, puis après, à la Démocratie, et donc au Développement.
Au lieu de quoi, la torture et la censure, la mise au pas de toute une société et même de son intelligentsia, et cette tristesse absolue qui fait de toute une jeunesse, des harragas, entre deux révoltes qui fait encore couler du sang…
Jean-Pierre Lledo
Paris le 28 janvier 10
Wagner
- 22:59
- rubrique d/ Nos écrivains célèbres.
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Samedi 23 Janvier 2010
Roman "Hernandez" de Mario Ferrisi
Wagner
- 17:20
- rubrique r/ Livres
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Vendredi 22 Janvier 2010
Opération "mains propres à Alger".
Tiré du Figaro
Wagner
- 18:39
- rubrique q/ Et pendant ce temps là en Algérie.
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Le temps n'a pas effacé l'affection.
Poème pour Meriem de Constantine.
Perdue dans la brume …
A toi Meriem,
Où donc te trouves-tu, ma petite sœur de cœur ?
Toujours dans ce pays, où jadis, nous sommes nées ?
Te souviens-tu du temps, où malgré nos malheurs,
Nous étions si heureuses, de nous être rencontrées ?
Nous partagions nos joies, nos peines et nos espoirs.
Tu restais derrière-moi, du matin jusqu’au soir.
Cette fidèle amitié, faisait bien des jaloux,
Mais nous, on s’en fichait, on s’aimait bien, c’est tout !
Te souviens-tu Meriem, des makroudes et beignets,
Dont nous rêvions souvent, lorsque nous avions faim ?
Parfois, tu m’en achetais, chez le p’tit Tunisien,
Avec l’argent gagné, en faisant des corvées…
Nous n’aimions pas l’école et pourtant, chère amie,
T’as passé bien des heures, assise sur tes deux fesses,
Sur l’escalier de marbre, t’écoutais la maitresse,
Que j’aimais tant jouer ; crois-moi, je compatis…
Je me souviens aussi, quand nous allions aux champs,
Ramasser de belles fleurs, pour en faire des couronnes.
Des criquets, en chemin, nous écoutions le chant,
Nous étions très surprises, que personne ne s’étonne !
Nous rentions en courant, de peur des représailles,
En prenant soin, toutefois, de notre bel attirail.
Nous avions disparu, pour un temps, du quartier,
Mais, personne dans notre rue, s’en était inquiété.
On s’asseyait des heures, dans la cage d’escalier,
Avec nos petites fleurs, que nous aimions trier.
Pâquerettes, gouttes de sang, bouton d’or, pois d’senteur,
Nous tressions en chantant, c’était un vrai bonheur.
Et lorsque le vieil homme, son couffin sur la tête,
Grimpait notre escalier, désirant vendre ses fruits,
Pendant qu’il nous pelait, les figues de Barbarie,
Nous lui en dérobions ; ce n’était guère honnête !
Puis, quand venait l’été, tu n’as pas oublié ?
Ces négros qui venaient, dans nos rues pour danser.
Leur fol accoutrement faisait froid dans le dos,
Des miroirs aux turbans, des ceintures faites de peaux.
Armés de gros tam-tam, ils scandaient et dansaient.
Des personnes appréciaient, le spectacle qu’ils offraient.
Du haut de leur balcon, les gens leur balançaient,
Quelques pièces de monnaie, pour les remercier.
Quand par chance, l’une d’entre-elle, roulait, jusqu’à nos pieds,
Nous n’hésitions jamais, à tenter d’leur piquer.
Mais, ils n’étaient pas fous et s’en apercevaient,
Le geste menaçant, ils nous couraient après.
La peur nous saisissait et nous paralysait,
Après ça, nous jurions, de n’plus recommencer.
Je peux bien t’avouer, plus besoin de mentir,
J’en faisais des cauchemars, qui m’empêchaient de dormir…
Je me souviens encore, de ces capsules de bière,
Que nous collectionnions et dont nous étions fières !
Nous les cherchions souvent, le long des voies ferrées,
Sous un soleil ardent, sans jamais se lasser.
Quand nous en trouvions une, assez originale,
Nous décrochions la lune et trouvions ça, génial !
Nous trépignions de joie, comme pour un lingot d’or,
La serrant dans nos doigts, un peu comme un trésor.
Parfois, les échangions, avec parcimonie.
Ces jeux, à bon marché, savaient combler nos vies.
Te souviens-tu, amie, nous faisions la goûtette !
Je n’ai trouvé ce mot, dans aucun dictionnaire.
Assises dans notre parc, nous mangions au grand air,
Des olives, des oranges, des morceaux de galette.
Parfois, j’ai un peu honte, je fais mon Mia culpa !
Nous achetions sur le compte, d’une fille du Mansourah.
Sa chère mère, en fin d’mois, devait-être surprise
De la note onéreuse, grossie par nos bêtises.
Sans le moindre remord, nous savourions ces vivres,
Qui, même sans alcool, nous rendaient un peu ivre.
Lorsque l’orage grondait, nous n’ cherchions pas d’abris,
Nous rêvions simplement, d’avoir un parapluie !
Alors, nous allions prendre, dans la grande lessiveuse,
Le fameux champignon, qui nous laissait songeuses…
Nous posions un carton, sur sa tête blanchie,
Et cheminions gaiement, en chantant sous la pluie !
Et pour le jour de l’an, dans la neige, avancions,
Pour aller souhaiter nos bons vœux, aux voisines.
Nous n’avions pas de gants, ni même de bottines,
Nos doigts étaient gelés, nos oreilles en carton.
Mais, reconnaissons-le, nous étions des coquines !
Car nous frappions aux portes, prenant de pauvres mines.
Ces femmes avaient pitié et nous laissaient entrer,
Nous priant de prendre place, près de la cheminée.
Puis, elles allaient chercher une poignée de pralines,
Sans toutefois omettre, la p’tite pièce de monnaie.
A peine sorties de là, avec un air complice,
Nous rions aux éclats, très fières de notre malice !
Car les gentilles paroles qu’on avait déclamées,
N’étaient sûrement pas dites, avec sincérité.
En début de soirée, nous nous cherchions un coin,
Pour compter notre monnaie, avec le plus grand soin.
Puis le cœur satisfait, nous rentrions chez-nous,
Nous étions, congelées, mais dans nos poches, des sous !
Mais, un beau jour la guerre, fit son apparition.
Nous étions bien trop jeunes, pour comprendre sa mission.
Nous nous tenions la main, afin de l’occulter,
Voulant croire en demain et à notre amitié.
Une cocarde sur l’épaule, nous avions défilé,
Pour applaudir De Gaulle, qui nous avait juré,
Un peu plus d’équité, en mutant certaines lois,
Pour un peuple ébranlé, qui était aux abois.
Bien sûr, nous crûmes en lui et en ses belles paroles,
Puisqu’il avait promis, devant nombreuses écoles,
Que le drapeau français, ne serait pas souillé,
Et qu’il continuerait joyeusement, de flotter.
Le croyait-il ? Sûrement ! Mais ce fut utopie,
Trop d’enjeux se misèrent sur notre belle Algérie.
Le jour, les bombes pétaient, les plastiques, en soirée.
Quand l’aube pointait son nez, le calme revenait.
Nous jouions à la ronde, à la corde, aux noyaux,
Refusant d’regarder, les désastres du tableau.
Sans cesse, les ambulances transportaient des blessés.
Nous détournions les yeux, afin de ne pas savoir,
Qui était responsable, de ces actes sans gloire,
Qui, même à notre insu, violaient nos jeunes années.
Beaucoup de larmes coulèrent et trop de sang aussi,
D’une passion égarée, pour notre beau pays.
Après sept longues années, il fallut un vainqueur,
Et nous dûmes tout quitter, avec la rage au cœur.
Le jour de mon départ, t’étais sur le trottoir,
Je montai dans le car, on s’est dit : « au revoir.»
Sans même réaliser, que c’était un adieu ;
Pourtant, je m’éloignai, des larmes plein les yeux.
Qu’es-tu donc devenue ? Ma chère petite Meriem.
Parfois, je me demande, si je t’ai dit « je t’aime ? »
Après cette sale guerre, nos routes se séparèrent,
Et face à cette misère, j’accompagnai mon père.
J’ai regagné la France, l’aventure m’attendait…
La plaie de mon enfance ne s’est pas refermée.
Souvent, je pense à toi, à nos jeunes années,
A nos jeux, nos délires et notre complicité.
A cette belle époque, tu m’appelais : « gourmandeuse »
Parce que je désirais, souvent, te dérober,
Les bonbons, que t’avais eu du mal à gagner ;
Pourtant, tu m’en donnais, avec une mine radieuse.
Vois-tu, quand j’y repense, je cultive des regrets…
Je n’sais plus si j’ai pris, plus que je t’ai donné ?
Mais comme disent les aïeuls, qui enseignent la vie,
Dans un pimpant corps veule, le cœur est bien petit !
Où donc te trouves-tu ? Ma petite sœur de cœur.
J’aimerais tant savoir, ce que t’es devenue.
Tu es sûrement mariée ? Connais-tu le bonheur ?
J’appris par ton grand frère, que tu quittas notre rue.
Le temps, impitoyable, effaça tous tes traits.
Pourtant, je me souviens de tes jolis yeux clairs.
Tes cheveux presque blonds et ta démarche fière ;
Je pense qu’auprès des hommes, tu fus sollicitée !
Si tout comme Aladin, une belle lampe, je trouvais,
Et que j’aurais, comme lui, l’idée de la frotter,
Afin qu’un beau génie vienne me visiter…
J’exprimerais ce vœu, mon plus fervent souhait,
« Avoir de tes nouvelles » avant, de trépasser.
Gisèle Clauzel
Wagner
- 18:04
- rubrique u/ Libre Antenne
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Trés beau document sur Mouloud Ferraoun avec la participation d'Emmanuel Roblès, autre grand écrivain algérien de la même génération.
Sur ina.fr
Wagner
- 17:57
- rubrique d/ Nos écrivains célèbres.
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Une autre façon de se dire "Bonne Année".
En pataouète, à la manière de Guitou de Bab el Oued. Merci à lui.
Wagner
- 08:43
- rubrique r/ Racines
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Camus vu depuis Montréal par le journaliste Mustapha Chelfi.
Le Quotidien d'Oran n'a pas voulu publier, L'Express l'a mis en ligne.
http://www.lexpress.fr/culture/livre/albert-camus-1913-1960_836860.html?XTOR=EPR-620
Cinquante ans après sa mort
Albert Camus, l'étranger?
Par Mustapha Chelfi, publié le 12/01/2010 à 17:55 - mis à jour le 13/01/2010 à 12:57
Mustapha Chelfi, directeur de la publication Alfa, journal de la communauté maghrébine à Montréal, a fait parvenir cet article sur Albert Camus au Quotidien d'Oran, mais celui-ci n'a pas jugé bon de le publier. LEXPRESS.fr a proposé de le mettre en ligne.
Depuis sa mort dans un accident de voiture le 4 janvier 1960, l'oeuvre de l'écrivain n'a pas perdu une once de sa pertinence. Relecture à la lumière de l'Algérie actuelle.
Dans ses romans les plus remarquables – L'étranger, La Peste, La Chute - Albert Camus s'est soigneusement éloigné de l'Arabe et du musulman qui pouvaient altérer – ou détourner- l'unité et l'élan d'une oeuvre toute dirigée vers l'Européen et le chrétien. Dans L'Étranger, son roman le plus connu, l'Arabe est absent d'un récit où il n'apparait que fugacement, un couteau à la main pour attaquer le Français. Dans La Peste, qui se situe à Oran, l'épidémie ne décime que la seule population coloniale comme si la population indigène était morte et enterrée depuis longtemps. La Chute – récit intimiste, considéré comme le livre le plus personnel de Camus – met en scène la longue confession d'un avocat réfugié à Amsterdam qui met son âme à nue devant un inconnu. En apostrophant le lecteur d'un divan de psychanalyste, Albert Camus a livré ses plus profondes pensées à celui qui saurait les déchiffrer.
Pour ma part, je n'aurais pas écrit l'hommerévolté si, dans les années 40, je ne m'étais trouvé en face d'hommes dont je ne pouvais m'expliquer le système et dont je ne comprenais pas les actes.
Journaliste, Albert Camus, dans un mouvement contraire du balancier, n'a fait que parler de son pays, notamment dans Alger Républicain où ses reportages sur la Kabylie sont demeurés exemplaires d'un engagement lucide et obstiné. Dans un climat fait de suspicion et de confusion, les courageux écrits d'Albert Camus ont déplu tant à l'establishment des gros colons que dans les couloirs du Gouvernement Général. Ses réflexions sur la guillotine, parues en 1957, à une époque où les « terroristes » du FLN se faisaient beaucoup couper le cou, au-delà de son aversion pour la peine de mort, témoignent d'une personnalité toute tournée vers l'humain à une époque où il était plus facile d'être du côté de sa bonne conscience, surtout quand elle permettait d'éviter un questionnement embarrassant. Ce questionnement, il l'a posé de magistrale façon dans L'Homme révolté et en a expliqué la rédaction en des termes simples et forts qui sont demeurés remarquables : « A la racine de toute oeuvre, on trouve le plus souvent une émotion profonde et simple, longtemps ruminée. Pour ma part, je n'aurais pas écrit L'Hommerévolté si, dans les années 40, je ne m'étais trouvé en face d'hommes dont je ne pouvais m'expliquer le système et dont je ne comprenais pas les actes. Pour dire les choses brièvement, je ne comprenais pas que des hommes puissent en torturer d'autres sans cesser de les regarder. J'apprenais que le crime pouvait se raisonner, faire une puissance de son système, répandre ses cohortes sur le monde, vaincre enfin, et régner. Que faire d'autre sinon lutter pour empêcher ce règne ?»
Pétri de valeurs essentielles auxquelles sa naissance et son éducation dans un milieu pauvre ne sont pas étrangères, Albert Camus ne s'est pourtant jamais rallié à l'idée de l'indépendance de l'Algérie au moment où Sartre militait furieusement pour.
En 1957, dans son discours de Stockholm, au moment de la remise du prix Nobel, interpellé par un militant nationaliste, Albert Camus aura cette phrase terrible où il disait préférer sa mère à la justice. Cette phrase, on la lui reprochera jusqu'à la nausée, comme si elle avait anéanti tous ses discours et ses prises de positions passés en faveur des Arabes.
Cinquante ans après sa mort, Albert Camus demeure largement plébiscité. Sa pensée reste encore un phare dans la nuit noire et permet à ceux et celles qu'une époque difficile, voire incompréhensible, malmène de ne pas perdre de vue l'essentiel et ne pas s'échouer sur les récifs de l'argent, du pouvoir pour le pouvoir et de l'égoïsme exacerbé qui ne reconnait que son propre intérêt.
Des intellectuels insatisfaits de cette unanimité qu'ils pensent surfaite, ont disséqué l'oeuvre de Camus avec une passion froide, indispensable pour mettre sa pensée et ses écrits en perspective. L'un des articles les plus remarqués à ce propos demeure celui d'Edward G. Saïd qui, dans « Culture et Impérialisme », relie le fonds profondément humaniste d'Albert Camus à son double profond et inconscient qui lui faisait prendre fait et cause pour une Algérie française où justice serait quand même rendue aux Arabes. Une contradiction dans les termes de laquelle Albert Camus n'a jamais pu s'extraire.
À Belcourt, où il a longtemps habité, on comprend mieux Albert Camus. Cette lumière, ces rires, cette tchatche, ces colères pour un rien
Devant son école, rue Aumerat, dans la librairie Les vraies richesses, rue Charras, celle de la rue Michelet, La librairie des Beaux Arts, où Edmond Charlot, avait déménagé, la présence de Camus n'a pas tout à fait disparu. Le café Fromentin a beau ne plus exister, on retient que c'est à cet endroit précis, mitoyen de la mosquée Sid Ahmed Cherif, qu'il avait trouvé de la « noblesse » aux Arabes. Le marchand de beignets, rue Bab El Oued, où il s'empiffrait de gâteaux au miel est toujours ouvert non loin du lycée Bugeaud où, préparant son entrée à l'université, il avait brillé. Plus loin, c'est la rue Koechlin, où il avait été, à l'époque du grand Alger Républicain, fin des années 30, un journaliste reconnu dont les écrits pesaient de leur poids. À la terrasse de la Brass, en face des facultés d'Alger où il avait étudié, ses propos sur la beauté et l'intelligence de cette « race » dont il admettait en faire partie demeurent toujours pertinents. À Belcourt, où il a longtemps habité, on comprend mieux Albert Camus. Cette lumière, ces rires, cette tchatche, ces colères pour un rien, c'était ici qu'il les avait vécus et consignés dans des pages intimes où il se révélait jusque dans les plus petits détails de la vie. Ces scènes qu'il avait notées, elles se déroulent encore tous les jours, sous le même soleil et la même rumeur d'une ville exaltée. À Tipasa où les « Noces » se célèbrent désormais sans lui, des couples, dans les ruines, s'effleurent à la recherche d'un bonheur parcimonieux, sous la surveillance étroite d'une société devenue bigote et conservatrice. On est loin de la profusion et l'abandon dont, Camus, jeune homme, avait alors, et avec satiété, jouit. Ce sont des couples où la femme, accrochée au bras de son amoureux, porte toujours le voile. Changement d'époque mais constance des sentiments. C'est là, face à la mer, au milieu des vestiges d'une civilisation disparue, qu'on peut comprendre le mieux l'Algérie. Une terre au soleil éblouissant mais qui a son côté noir. Pour ceux qui perdent leurs repères, c'est dans « Noces », surtout, qu'ils peuvent les retrouver.
Quand, au début des années 1990, l'Algérie a basculé dans une barbarie dont on n'avait pas assisté à l'équivalent durant la guerre du même nom, Camus, plus que jamais, est revenu d'actualité
En 2010, par où commencer le procès de Camus, si tant est qu'il faille lui en faire un ? Quand dans le livre de Jules Roy, Mémoires barbares, on tombe sur cette phrase de Himoud Brahimi, Momo de la Casbah, poète et ancien viveur, qui confiait à l'auteur de Les Chevaux du Soleil, qu'il avait rencontré dans la librairie d'Edmond Charlot, que Camus avait eu raison de préférer sa mère à la justice, car « la mère est au-dessus de tout ». Momo avait ajouté : « C'est la seule phrase de Camus qui ne soit pas absurde ». Cette phrase de Momo permet de mieux comprendre Albert Camus, authentique Algérien emmêlé dans ses contradictions, prônant la justice, ne pouvant résoudre une équation à laquelle manquait le terme le plus important, la liberté; la liberté pour un peuple qui n'a jamais eu de cesse de la réclamer et qui payait, lourdement, le prix du sang pour y parvenir. Camus, penché sur les remous d'une époque violente, a écrit, sincèrement, ce qu'il croyait voir et qu'il tenait pour vrai. Les Français d'Algérie ont pensé que ce n'était pas assez, qu'à l'égard de leur cause, il restait ambigu, un pied dans un camp, un pied dans un autre. Ulcéré, lassé par un conflit dans lequel il ne voulait plus s'impliquer, Camus s'est replié, en France, sur des terres moins agitées.
Quand, au début des années 1990, l'Algérie a basculé dans une barbarie dont on n'avait pas assisté à l'équivalent durant la guerre du même nom, Camus, plus que jamais, est revenu d'actualité. Dans un pays qui ne connaissait plus les mots ni leur signification, où le sang gargouillait dans la bouche de ceux qu'on voulait empêcher de parler, Camus paraissait encore plus pertinent. Dans quel camp se serait-il rangé? Aurait-il renvoyé dos à dos les protagonistes qui se disputaient Dieu qui ne leur avait rien demandé? Aurait-il quitté, à nouveau, son pays pour un Paris dans lequel il se serait senti encore plus esseulé? S'il avait dû réécrire L'Étranger, comment se serait comporté Meursault dans un pays où l'absurde aurait concerné la société entière et non plus seulement un individu esseulé ? Et cette peste, dont il avait fait le titre et le sujet de son roman, ne l'aurait-il pas, sous d'autres barbes, reconnue alors que, de retour au pays, elle moissonnait, ses victimes qui n'avaient que le soleil pour exister?
On a suffisamment dit de Camus qu'il était l'expression de son époque et le produit d'une société coloniale trop jalouse de ses privilèges pour en concéder la moindre parcelle au peuplement indigène qui ne demandait, jusqu'en 1945, qu'à être français. Tout cela – et plus encore – est sans doute vrai. À cinquante ans de distance, les mêmes réponses servent aux mêmes questions. Le soleil peut bien briller pour tout le monde, il répand une lumière noire quand la justice la liberté sont ignorées. Reste que le malheur du monde, quand il se répète tous les jours, suscite la même incompréhension hébétée. Camus, imparfait mais fraternel, continue de marcher dans les rues d'Alger.
En relisant ce texte, 2 remarques me viennent à l'esprit:
- une pour répondre à la partie où il est écrit "quand au début des années 90, l'Algérie a basculé dans une barbarie dont on n'avait pas assisté à l'équivalent durant la guerre du même nom..." :
Et bien si monsieur Chelfi, le massacre de la population civile européenne désarmée d'El Halia ( prés de Philippeville/Skikda) le 20 août 1955 sur ordre de Zighoud Youssef vaut bien celui de la population du village de la Mitidja, Benthala, le 22 septembre 1997 par le GIA.
- une autre pour répondre à votre interrogation de fin d'article "aurait-il quitté, à nouveau, son pays pour un Paris...?" :
Sûrement que oui, comme la trés grande majorité des membres de sa communauté car (voir notre débat dans la rubrique "Débat/Points de rencontres" au sujet de "1962, de quoi les Pieds-Noirs ont-ils eu peur?") il s'est agi alors d'une politique concertée des tenants du Pouvoir algérien (les historiens sont d'accords sur ce point), de faire partir (la peur suite aux trés nombreuses disparitions de civils cmme le massacre des européens d'Oran le 05 juillet 1962 étant un des levier) les Français d'Algérie par cette politique, véritable épuration ethnique. Ben Bella lui même l'a reconnu et Hocine Aït Ahmed le dénonce.
Donc, malgré sa réputation, son monde s'effondrant dans le tragique, je ne doute pas (bien qu'on ne puisse pas faire parler les morts) qu'il soit parti aussi.
Trés beau dossier également, extrèment riche, sur la site de Campus FLE Education:
http://flecampus.ning.com/profiles/blogs/dossier-camus-france-culture
Merci aux contributeurs qui régulièrement m'abreuve d'informations permettant d'enrichir ce blog.
Wagner
- 08:34
- rubrique d/ Nos écrivains célèbres.
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Jeudi 21 Janvier 2010
Qu'il est bon de revenir chez soi..
La Dépêche de l'Est, revue des Bônois, et la contribution de René Vento
Wagner
- 07:51
- rubrique s/ Nos voyages
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